Section 1. Qu’est-ce que la procédure pénale ?
Le terme « procédure » vient du latin procedere, lequel signifie « aller en avant, s’avancer ». L’étude de la procédure pénale conduit à suivre un cheminement.
Df.Plus précisément, elle se définit comme le chemin conduisant l’auteur d’une infraction, depuis la réalisation de son acte, jusqu’à l’exécution de sa peine.
Le point de départ de la procédure pénale commence donc à l’instant où une infraction est découverte. Puis, la procédure peut s’engager sur de multiples voies. Elle peut déboucher sur une résolution amiable du litige entre l’auteur et la victime (ex : la médiation pénale), ou sur une procédure de jugement rapide (comme la comparution immédiate) ou encore emprunter une voie plus longue et plus complexe, la voie « ordinaire », qui commence par une enquête de police, se poursuit par une instruction et se termine devant une juridiction de jugement. Mais la procédure ne s’arrête pas nécessairement là. En effet, elle peut continuer si l’une des parties n’est pas satisfaite de la décision rendue. Celle-ci pourra alors exercer divers recours (appel, pourvoi en cassation, révision). Enfin, lorsqu’une peine est prononcée, la procédure pénale s’étend jusqu’à l’exécution complète de la peine ; c’est le droit de l’exécution des peines.
L’étude de la procédure pénale a donc un champ large et elle ne se limite pas au procès stricto sensu, c’est-à-dire à l’audience de jugement. Elle comprend en réalité l’ensemble des règles qui régissent le déroulement procédural depuis la commission de l’infraction à l’exécution de la peine, et englobe l’organisation des juridictions pénales ou encore le statut des acteurs et du procès pénal (le juge, le ministère public, la personne poursuivie ou la victime).
La procédure pénale est une matière qui fait l’objet d’une médiatisation quotidienne et importante. En effet, de nombreux faits divers sont décryptés sur les chaines d’informations continues et sur les réseaux sociaux (ex : le procès dit « des viols de Mazan » a connu une forte médiatisation, mais avant cela la disparition du petit Emile, qui a été la triste saga de l’été 2023, ou encore l’affaire dite « Palmade », l’affaire « Daval » etc.). Des informations relatives à la procédure sont ainsi révélées de manière quasi-instantanée par les médias, souvent en violation du secret de l’enquête et de l’instruction et souvent avec des erreurs juridiques. Si cette médiatisation permet à tout un chacun d’avoir déjà été sensibilisé à la procédure pénale et constitue un attrait, en réalité, la matière s’avère bien plus technique et également beaucoup plus intéressante à connaître et à maîtriser en droit !
Pour poursuivre l’appréhension de la procédure pénale, trois remarques générales peuvent d’ores et déjà être formulées.
Rq.1ère remarque : la procédure pénale est une matière complexe et en perpétuel mouvement. La procédure pénale est une matière qui devient de plus en plus complexe ; et ceux malgré les dernières réformes successives qui poursuivent l’objectif de « simplification » (ex : la loi n° 2023-1059 d'orientation et de programmation de la justice 2023-2027 ou avant cela la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 et actuellement le projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de la Justice 2023-2027 contient un volet pour la simplification et la modernisation de la procédure pénale). Au fil des réformes, le législateur a développé de nombreuses procédures spécifiques qui s’appliquent, par exemple, à la criminalité organisée, aux infractions économiques, aux infractions environnementales ou encore aux crimes contre l’humanité. Cette évolution rend plus difficile la compréhension d’une matière déjà très technique. Par ailleurs, la procédure pénale se trouve au cœur de la société et du débat politique. Ainsi, à chaque changement de majorité parlementaire, à chaque nomination d’un nouveau Garde des Sceaux ou après chaque nouveau fait divers marquant (décès d’un enfant, violences sexuelles, meurtre d’une épouse / joggeuse, terrorisme), une nouvelle loi de procédure pénale est soumise au législateur. La société attend une réponse politique, entraînant une inflation législative. Ainsi, des lois de procédure sont adoptées à une cadence importante, ce qui rend l’appréhension de la matière plus difficile et sa mise en œuvre, par les praticiens, plus délicate (par exemple, se sont succédé la loi d'orientation et de programmation de la justice adoptée le 20 novembre 2023, puis la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne en matière d'économie, de finances, de transition écologique, de droit pénal, de droit social et en matière agricole, laquelle réforme la procédure de garde à vue). Afin de redonner de la cohérence à la matière, la loi d’orientation et de programmation du ministère de la Justice 2023-2027 habilite le gouvernement à prendre une ordonnance pour réécrire à droit constant le code de procédure pénale. L’objectif sera d’intégrer dans le code certaines solutions jurisprudentielles et de rendre le code plus lisible, plus accessible.
2ème remarque : La procédure pénale est une matière qui touche des intérêts supérieurs, au-delà des aspects techniques. La procédure pénale n’est pas qu’un droit technique conduisant au jugement des infractions. C’est aussi un droit qui touche à des intérêts supérieurs, lesquels sont antinomiques. Ce droit met en tension, d’une part, l’intérêt de la société pour la répression des infractions commises et, d’autre part, l’intérêt de la personne poursuivie qui, innocente ou coupable, subit pendant de longs mois, voire des années, les contraintes liées à son procès. En effet, n’importe quel individu peut se voir retenu contre son gré au cours d’une garde à vue, son domicile est soigneusement fouillé et ses objets personnels saisis. Si l’infraction reprochée est particulièrement grave, la personne mise en examen pourra être placée en détention provisoire. Or, toutes ces mesures portent atteinte aux libertés fondamentales des individus : celle d’aller et venir, l’intimité de la vie privée ou encore le droit de propriété. Sans compter que l’honneur de la personne poursuivie sera mis en cause sur la place publique. Malgré le secret de l’enquête et de l’instruction, nombre d’affaires pénales sont médiatisées au risque de jeter le doute sur une personne qui in fine sera innocentée. En somme, la meilleure façon d’appréhender la procédure pénale – droit technique et complexe – est de toujours garder à l’esprit cet enjeu de libertés fondamentales, car c’est ce qui permet de donner un sens à ces règles précises et nombreuses.
3ème remarque : La procédure pénale est au cœur d’une tension entre efficacité de la répression et protection des droits fondamentaux. La procédure pénale n’est pas une matière sujette au consensus politique. Deux courants de pensée s’opposent, ce qui se traduit dans les règles techniques de la procédure : d’un côté, le courant qui promeut le respect des droits fondamentaux à travers le droit à un procès équitable inscrit à l’article 6 §1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (Conv. EDH), de l’autre, la courant qui recherche l’efficacité de la répression. Les promoteurs de ce courant souhaitent que les règles gouvernant la procédure soient efficaces, c’est-à-dire qu’elles permettent de parvenir à leur objectif de répression des infractions. Le Code de procédure pénale français (CPP) est la synthèse de ces deux courants de pensée. Certaines règles sont là pour garantir l’efficacité de la procédure (ex : le placement en détention provisoire) tandis que d’autres protègent les droits fondamentaux (ex : droit à un avocat dès le début de la garde à vue). Pourtant certaines réformes sont davantage teintées d’un aspect répressif, tandis que d’autres sont d’avantage tournées vers la protection des droits fondamentaux.
2ème remarque : La procédure pénale est une matière qui touche des intérêts supérieurs, au-delà des aspects techniques. La procédure pénale n’est pas qu’un droit technique conduisant au jugement des infractions. C’est aussi un droit qui touche à des intérêts supérieurs, lesquels sont antinomiques. Ce droit met en tension, d’une part, l’intérêt de la société pour la répression des infractions commises et, d’autre part, l’intérêt de la personne poursuivie qui, innocente ou coupable, subit pendant de longs mois, voire des années, les contraintes liées à son procès. En effet, n’importe quel individu peut se voir retenu contre son gré au cours d’une garde à vue, son domicile est soigneusement fouillé et ses objets personnels saisis. Si l’infraction reprochée est particulièrement grave, la personne mise en examen pourra être placée en détention provisoire. Or, toutes ces mesures portent atteinte aux libertés fondamentales des individus : celle d’aller et venir, l’intimité de la vie privée ou encore le droit de propriété. Sans compter que l’honneur de la personne poursuivie sera mis en cause sur la place publique. Malgré le secret de l’enquête et de l’instruction, nombre d’affaires pénales sont médiatisées au risque de jeter le doute sur une personne qui in fine sera innocentée. En somme, la meilleure façon d’appréhender la procédure pénale – droit technique et complexe – est de toujours garder à l’esprit cet enjeu de libertés fondamentales, car c’est ce qui permet de donner un sens à ces règles précises et nombreuses.
3ème remarque : La procédure pénale est au cœur d’une tension entre efficacité de la répression et protection des droits fondamentaux. La procédure pénale n’est pas une matière sujette au consensus politique. Deux courants de pensée s’opposent, ce qui se traduit dans les règles techniques de la procédure : d’un côté, le courant qui promeut le respect des droits fondamentaux à travers le droit à un procès équitable inscrit à l’article 6 §1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (Conv. EDH), de l’autre, la courant qui recherche l’efficacité de la répression. Les promoteurs de ce courant souhaitent que les règles gouvernant la procédure soient efficaces, c’est-à-dire qu’elles permettent de parvenir à leur objectif de répression des infractions. Le Code de procédure pénale français (CPP) est la synthèse de ces deux courants de pensée. Certaines règles sont là pour garantir l’efficacité de la procédure (ex : le placement en détention provisoire) tandis que d’autres protègent les droits fondamentaux (ex : droit à un avocat dès le début de la garde à vue). Pourtant certaines réformes sont davantage teintées d’un aspect répressif, tandis que d’autres sont d’avantage tournées vers la protection des droits fondamentaux.
Cette oscillation entre les objectifs de protection des droits fondamentaux et de répression n’est pas nouvelle. En effet, elle a jalonné l’histoire de la procédure pénale à travers les différents modèles procéduraux qui se sont succédé.