« Le travail c’est la santé, ne rien faire c’est la conserver » ! Et pourtant... loin de s’améliorer, les conditions de travail se dégradent du fait de l’exposition à une nouvelle pénibilité et, par conséquent, du fait de l’apparition de nouveaux troubles.
Le nombre d’ATMP (accidents du travail et maladies professionnelles) augmente, et les sources sont variées : tabac, amiante, produits chimiques, bruit et RPS (risques psycho-sociaux : stress, violence, harcèlement). La montée en puissance des TMS (troubles musculo-squelettiques), des dépressions d’origine professionnelle (burn-out) et des suicides en témoigne.
En la matière, il faut relever le passage d’une logique de réparation à une logique de prévention dans les années 90.
Tx.Aujourd’hui, la santé au travail fait l’objet d’une législation importante, codifiée aux articles L. 4111-1 et s. du Code du travail.
La protection de la santé au travail (Section 1) passe aussi par le respect d’un régime spécifique applicable au salarié dont l’état de santé se trouve altéré. Il nous faut alors étudier, aussi, l’altération de la santé au travail (Section 2).
Section 1. La protection de la santé au travail
Les obligations en matière de santé au travail se renforcent (§1), les acteurs de la santé au travail se diversifient (§2).
§1. Les obligations relatives à la santé au travail
Situation particulière d’un manquement par l’employeur à son obligation de sécurité de résultat, le harcèlement a déjà fait l’objet de développements, cf. Leçon 9. Il s’agit maintenant de se consacrer aux autres obligations qui pèsent sur l’employeur, mais pas seulement, afin de protéger la santé des salariés.
L’article L. 4121-1 du Code du travail pose une obligation générale de sécurité.
Il dispose que l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent des actions de prévention des risques professionnels, des actions d’information et de formation, la mise en place d’une organisation et de moyens adaptés.
Cette obligation générale de sécurité est une obligation de moyens renforcée .
Mais l’employeur peut s’exonérer, en cas de survenance d’un risque professionnel, s’il démontre qu’il a accompli toutes les mesures imposées par le Code du travail pour assurer la santé et la sécurité des salariés (Cass. soc., 25 novembre 2015, n° 14-24.444). L'employeur qui prend les mesures nécessaires et appropriées, après avoir été informé du mal-être d'un salarié, pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs, ne peut se voir reprocher un manquement à son obligation de sécurité (Cass. soc., 9 avr. 2025, n° 23-22.121).
En cas de manquement, sa responsabilité peut en revanche être engagée au titre de la faute inexcusable, retenue dès lors que l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu’il n’a pas pris les mesures de prévention et de protection nécessaires pour l’en préserver.
Rq.Nb : La reconnaissance de la faute inexcusable permet au salarié d’obtenir une majoration de rente et la réparation intégrale de son préjudice.
En tout état de cause, l’employeur est donc tenu de mettre en place des mesures de prévention, d’information et de formation. Il doit à cet égard mettre en place une organisation et des moyens adaptés (art. L. 4121-1 du C. trav.) et établir un DUERP, document unique d’évaluation des risques professionnels, permettant d’identifier et de classer les risques (art. L. 4121-3-1 du C. trav.).
Le DUERP doit être mise à jour au moins une fois par an et lors de chaque modification des conditions de travail ou lors de l’apparition de nouveaux risques. Il doit être tenu à la disposition des représentants du personnel, à défaut des salariés, ainsi que du médecin du travail et de l’inspection du travail.
Rq.Nb : Le CSE est consulté sur la mise en place du DUERP et sur sa mise à jour.
Le DUERP doit être conservé pendant 40 ans, et déposé sur un portail numérique dédié.
Rq.A savoir :
Il existe un C2P – compte professionnel de prévention.
Chaque salarié exposé à un risque particulier (travail de nuit, travail en équipes successives alternantes, travail répétitif, travail sous pression hyperbare, températures extrêmes, bruit) facteur de pénibilité cumule des points sur son C2P lui permettant de suivre une formation professionnelle qualifiante, de financer son passage à temps partiel sans perte de salaire ou d’anticiper son départ à la retraite.
Il existe un C2P – compte professionnel de prévention.
Chaque salarié exposé à un risque particulier (travail de nuit, travail en équipes successives alternantes, travail répétitif, travail sous pression hyperbare, températures extrêmes, bruit) facteur de pénibilité cumule des points sur son C2P lui permettant de suivre une formation professionnelle qualifiante, de financer son passage à temps partiel sans perte de salaire ou d’anticiper son départ à la retraite.
§2. Les acteurs de la santé au travail
Les premiers acteurs de la protection de la santé au travail sont sans aucun doute l’employeur, dont on sait désormais qu’il est débiteur d’une obligation de sécurité de résultat particulièrement lourde (cf. supra).
Mais, naturellement, les salariés doivent eux-mêmes agir pour la préservation de leur santé et de leur sécurité au travail (art. L. 4122-1 du C. trav.). Ils doivent donc se conformer aux règles relatives à la santé et à la sécurité. Les salariés sont par ailleurs titulaires d’un droit d’alerte et d’un droit de retrait. Le salarié a en effet le droit de se retirer de toute situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé (art. L. 4131-1 du C. trav.). L’employeur ne peut pas lui imposer de reprendre le travail tant que le danger persiste et il ne peut pas le sanctionner ou effectuer une retenue sur salaire. Le salarié doit signaler immédiatement à son employeur ou à son représentant la situation.
Enfin, l’inspecteur du travail, lors de ses contrôles, et surtout les services de prévention et de santé au travail ont évidemment un rôle à jouer dans la préservation de la santé au travail. Une place spécifique doit être réservée à la médecine du travail qui, au sein de l’entreprise, a trois missions principales :
- la gestion administrative et la tenue des documents médicaux,
- le suivi individuel de l’état de santé du salarié, donc l’accomplissement des visites médicales (visite d’information et de prévention, visite sur demande du salarié, visite d’aptitude), art. L. 4624-1 et s. du C. trav.,
- le conseil des employeurs, des salariés et leurs représentants sur la protection de la sécurité et de la santé des travailleurs.