La s'ouvre sur un préambule (le préambule sera étudié dans la leçon consacrée au Conseil constitutionnel), suivi d'un article 1er qui énonce (notamment) les caractères de la République :
La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales. »
Ce premier article est suivi du Titre I, intitulé « De la souveraineté ». Il comprend trois articles : les articles 2, 3 et 4.
L'article 2 détermine la langue de la République, sa devise, son principe (« gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple »), ainsi que l'emblème national et l'hymne.
L'article 4 est consacré aux partis et groupements politiques, qui « concourent à l'expression du suffrage ».
L'article 3, quant à lui, énonce le principe de la souveraineté nationale ; les caractères du suffrage ; et enfin, les conditions pour pouvoir être électeur, déterminant ainsi la composition du corps électoral.
Section 1. Le principe de la souveraineté nationale
La France est une démocratie. Le substantif est d'origine grecque, et résulte de la combinaison de deux autres termes : « demos », le peuple ; et « kratos » le pouvoir, l'autorité. Dans les régimes démocratiques, le peuple (ou la Nation – nous n'entrerons pas ici dans la subtilité de la distinction entre les deux notions) est souverain. Cela signifie (notamment) qu'il doit pouvoir prendre part à l'exercice du pouvoir, en participant à la formation des décisions politiques, et à l'édiction des règles juridiques qui les formalisent.
Une fois cela dit, une question vient immédiatement à l'esprit : comment assurer, dans les faits, l'expression de la volonté du « peuple » ? Comment, dit autrement, assurer l'effectivité du principe de la « souveraineté nationale » ?
L'histoire des régimes politiques révèle qu'il existe plusieurs formes de démocratie, et donc plusieurs formes de participation populaire à l'exercice du pouvoir politique.
La première forme de démocratie est la démocratie directe. Pratiquée sous l'Antiquité grecque, elle correspond à l'hypothèse d'une totale identité entre les gouvernants et les gouvernés. Chaque citoyen était alors à la fois sujet et gouvernant et cette identité était, pour les Grecs, la condition de la liberté. Cette dernière était en effet conçue comme autonomie, terme également composé de deux mots, « auto », soit littéralement « le même », c'est-à-dire « qui vient de soi », et « nomos », la loi, la règle. Pour les Grecs, la liberté était ainsi la condition du sujet qui n'obéit qu'à ses propres lois. Dans cette perspective, les citoyens, qui participaient à l'exercice du pouvoir politique, étaient libres parce qu'ils élaboraient également et en commun, les règles juridiques auxquels ils étaient soumis.
Idéalisée, la démocratie antique fut souvent présentée comme l'âge d'or de cette forme de gouvernement. Il ne faut toutefois pas oublier qu'à Athènes, berceau de la démocratie, la liberté des uns (celle des citoyens) côtoyait la servitude des autres. Trop occupés à gérer les affaires publiques de la cité, les citoyens n'avaient naturellement pas le temps de labourer les champs, ou d'élever le bétail. Ces tâches étaient réservées aux esclaves : la démocratie directe reposait ainsi sur l'institution de l'esclavage.
Le procédé de gouvernement de la démocratie directe n'existe plus aujourd'hui. Deux raisons principales expliquent cela : d'une part, la taille des États modernes, qui n'est pas celle des cités de l'Antiquité. Il serait matériellement inenvisageable aujourd'hui de réunir tous les citoyens afin qu'ils discutent et décident des affaires publiques. D'autre part, et peut-être plus fondamentalement, un changement complet de perspective du point de vue des aspirations des individus. Il faut ici relire Benjamin Constant et son texte « De la Liberté des Anciens comparée à celle des Modernes », déjà cité.
Contrairement au citoyen de l'Antiquité, l'individu moderne (chacun – ou presque – d'entre nous l'expérimente chaque jour), ne souhaite pas faire de la politique son occupation principale. C'est pourquoi il se complait dans le système représentatif, qui lui permet de désigner des représentants qui exercent le pouvoir en son nom, pendant qu'il vaque à la satisfaction de ses intérêts privés.
La seconde forme de démocratie est ainsi la démocratie représentative. Ce type de régime est fondé sur le constat que le peuple souverain ne peut exercer la souveraineté et les prérogatives qui lui sont rattachées de façon directe. Dans ces circonstances, l'exercice du pouvoir politique est délégué à des « représentants » désignés plus ou moins directement par le peuple, notamment – mais pas exclusivement – par l'élection.
La volonté des représentants est alors présumée être celle du peuple (ou de la Nation).
Contrairement à la démocratie directe qui est caractérisée par l'autonomie, la démocratie représentative est fondée sur l'hétéronomie. Les individus ne sont pas soumis à des règles qu'ils ont eux-mêmes élaborées ; ces dernières l'ont été par d'autres.
En savoir plus
Dans un discours prononcé à l'Assemblée nationale constituante (sur la question du veto royal) le 7 septembre 1789, l'abbé Sieyès (1748-1836) opérait une distinction radicale entre ces deux formes de gouvernement que sont la démocratie directe (la seule véritable démocratie, à ses yeux) et la démocratie représentative qu'il qualifiait de « gouvernement représentatif ».
« Le concours des citoyens à la confection de la loi, déclarait-il alors, peut s'exercer de deux manières. Les Citoyens peuvent donner leur confiance à quelques-uns d'entr'eux. Sans aliéner leurs droits, ils en commettent l'exercice. C'est pour l'utilité commune qu'ils se nomment des Représentans bien plus capables qu'eux-mêmes de connoître l'intérêt général, & d'interpréter à cet égard leur propre volonté.
L'autre manière d'exercer son Droit à la formation de la Loi, est de concourir soi-même immédiatement à la faire. Ce concours immédiat, est ce qui caractérise la véritable démocratie. Le concours médiat désigne le Gouvernement représentatif. La différence entre ces deux systêmes politiques est énorme. [...] Le Peuple ou la Nation ne peut avoir qu'une voix, celle de sa législature nationale. [...] Le Peuple, je le répète, dans un pays qui n'est pas une démocratie (& la France ne sauroit l'être). Le Peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses Représentans. »
La démocratie représentative est la norme dans les démocraties contemporaines. Elle constitue, en réalité, une confiscation de l'exercice de la souveraineté (et donc du pouvoir politique) par les représentants ; mais cette confiscation est inéluctable pour les raisons qui ont été rappelées précédemment..
Pour tempérer les effets de la représentation, il existe toutefois des instruments de démocratie « directe », qui permettent au peuple (ou plus exactement, au peuple « constitué », c'est-à-dire au corps électoral exerçant, alors, une fonction de représentation...), dans certaines circonstances, de participer directement à l'exercice du pouvoir. Au premier rang de ces procédés de démocratie « directe », le référendum, qui est, comme l'écrit Laurence Morel, « un vote sur une politique » (La question du référendum, Paris, Les Presses de Sciences Po, 2019. Voir sur ce point la leçon 3).