Dans une première approche, le droit commercial peut être défini comme la partie du droit privé relative aux opérations juridiques faites soit par les commerçants entre eux soit par les commerçants et les tiers dans le cadre de leur activité professionnelle. La matière se caractérise par l'originalité de sa construction et de ses sources
- L'originalité du droit commercial découle de la combinaison de divers facteurs parmi lesquels les données historiques tiennent une place prépondérante. On peut même affirmer que le droit commercial est une construction de l'histoire (Section 1ère).
- Issu de la pratique, du besoin d'organiser les échanges et plus largement de la nécessité de donner un cadre juridique à l'activité économique, le droit commercial s'est forgé des instruments propres à assurer le bon fonctionnement de la vie des affaires. Il se caractérise par la diversité de ses sources : les usages, les traités, les accords internationaux y ont une place privilégiée (Section 2ème).
Section 1. Le droit commercial : une construction de l'histoire
Le droit commercial est une construction de l'histoire. Il est né en même temps que le commerce lui-même. Son apparition et son développement coïncident avec ceux des civilisations marchandes.
§1. Les prémices du droit commercial
Si pour simplifier, on fait parfois remonter l'apparition du droit commercial au Moyen-Âge, il faut toutefois relever l'existence de règles spécifiques aux relations de commerce et d'échanges dès la plus Haute Antiquité. Certes, il ne s'agissait pas d'un droit commercial construit comme aujourd'hui mais de règles propres aux relations d'échanges qui préfiguraient le droit commercial moderne.
A - Les droits antiques
Dès cette lointaine époque, avait été mis en place un certain nombre de techniques pour faciliter le commerce tels le prêt à intérêts ou le dépôt d'espèces.
On sait également l'importance et l'influence du droit romain sur notre système juridique. S'agissant du droit commercial, il ne connaissait pas la distinction droit civil/ droit commercial mais il a posé les bases du système sur lesquelles le droit commercial s'est ensuite développé. Mais c'est surtout le Moyen-âge qui a vu l'éclosion du « droit des marchands ».
B - Le Moyen-âge
En effet, à partir du XIème siècle, le commerce renaît et avec lui les échanges et la nécessité de les faciliter. Comme l'écrit J Hilaire dans son introduction historique au droit commercial, au Moyen-âge, une nouvelle classe sociale se forme celles des « mercatores » (ou marchands) qui éprouvent le besoin pour le développement des affaires d'un encadrement juridique particulier. Géographiquement, deux pôles sont à l'origine de ce renouveau et du développement du commerce : l'Italie du Nord d'une part, les Flandres et les villes du Nord de l'Europe d'autre part. En Italie du nord, les marchands s'emparent du pouvoir politique et font passer dans les statuts des Petites Républiques indépendantes comme Venise leurs usages et pratiques. Usages et pratiques qui se répandent ensuite dans toute l'Europe.Le second pôle d'activité était situé en Flandre et d'une manière plus générale dans les villes du nord de l'Europe (Bruges, Tournai, Lille). Entre ces deux grands pôles, des lieux privilégiés d'échanges et de commerce apparaissent. Ce sont les villes qui accueillent les foires, les plus célèbres étant celles de Champagne. Ces foires constituent le lieu de rencontre des marchands de toute l'Europe et favorisent par la même la mise en place de règles communes à l'ensemble des marchands. Des règles telles le contrat de banque, la lettre de change ou traite, la faillite, ont facilité les échanges. De la même manière, les premières juridictions spécialisées composées de consuls sont apparues pour régler les conflits entre marchands de nationalités souvent différentes. Le développement du commerce et l'éclosion du droit commercial qui en résulte ainsi permise ont été très vite encadrés par différentes structures.
D'autres facteurs ont contribué à l'élaboration du droit commercial d'une manière non négligeable.
Les corporations ont également joué un rôle important qui s'est maintenu jusqu'à la Révolution, c'est-à-dire pendant toute la période de consolidation du droit commercial.
§2. Naissance et consolidation du droit commercial moderne
Dotées d'une organisation hiérarchique puissante, les corporations ont élaboré progressivement les statuts des professions. Si ces règles étaient le plus souvent de simples usages, de grands textes ont néanmoins marqué l'évolution du droit commercial. Le droit commercial a ainsi acquis une autorité certaine et surtout a renforcé son autonomie.
A - L'ordonnance de 1563
Le premier texte marquant est un édit de Charles IX datant de 1563 par lequel sont créées les juridictions consulaires d'abord à Paris puis dans toute la France.Mais l’Ĺ“uvre la plus aboutie est celle de Louis XIV inspirée par Colbert qui est à l'origine des deux ordonnances fondatrices du droit commercial moderne.
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La première partie du règne de Louis XIV est marquée par de grandes réformes administratives et principalement l'augmentation de la pression fiscale.Il crée le Code Louis en 1667, sorte de code civil, le Code Criminel en 1670, le Code forestier, l'édit sur les classes de la marine en 1669, l'ordonnance de commerce en 1673. Au fil du temps, deux clans vont se mettre en place aux cotés du roi et cohabiter tout en rivalisant l'un avec l'autre. Le clan Colbert va gérer tout ce qui touche à l'économie, la politique étrangère, la marine et la culture alors que le clan Le Tellier-Louvois (François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, secrétaire d'État à la guerre, rival de Colbert au sein du conseil royal) va avoir la main mise sur la défense. Le roi fait ainsi sienne la devise « Diviser pour mieux régner ». En ayant deux clans rivaux sous ses ordres, il est certain que les deux s'auto-contrôleront et que cela empêchera toutes dérives permettant à un de ses ministres de réussir un coup d'état contre lui.Jusqu'en 1671, le clan Colbert domine mais, quand commencent les préparatifs de la guerre de Hollande, les réticences de Colbert qui rechigne à se lancer à nouveau dans de grandes dépenses commencent à le discréditer aux yeux du roi. De plus, l'écart d'âge entre Colbert (52 ans à l'époque) et le roi (33 ans) fait que le roi se rapproche naturellement de Louvois qui n'a que 30 ans et la même passion : la guerre. Jusqu'en 1685, c'est le clan Louvois qui aura la haute main sur le roi.
B - Les ordonnances de 1673 et 1681
La première connue sous le nom de code Savary a permis une codification des pratiques commerciales relativement au commerce de terre en 1673, la seconde de 1681 a trait au commerce maritime. Ces textes marquent un véritable tournant dans l'histoire du droit commercial. Notamment parce qu'elles font échapper les commerçants au droit commun pour les soumettre à un régime autonome. C'est donc l'apparition du droit commercial moderne qui prendra corps plus tard dans le Code de commerce de 1807.
C'est à partir de cette époque que l'on peut véritablement parler de « droit commercial » défini comme un ensemble de règles, de normes régissant l'activité des commerçants.
Abandonnant le caractère international du droit antérieur, le code Savary pose les règles générales qui vont encadrer le commerce et l'exercice des professions commerciales.
De cette époque date le colbertisme : doctrine selon laquelle il appartient au pouvoir politique d'impulser l'économie, de la diriger et de la contrôler. L'essor des manufactures, le développement des compagnies maritimes ont rendu nécessaire la fixation de règles spécifiques pour encadrer les nouvelles activités économiques. On retrouve ainsi la justification même de l'existence du droit commercial c'est-à-dire la nécessité d'élaborer des règles adaptées aux opérations économiques et aux commerçants. Les ordonnances de Colbert ont permis la naissance du droit commercial qui s'est ensuite consolidé au fil du temps.
C - La consolidation
A partir du XVIIème siècle, le droit commercial a acquis son autonomie en faisant échapper les commerçants au droit commun.Ce droit prendra véritablement corps, quelques décennies plus tard, dans le code de commerce de 1807. Mais avant d'envisager cette troisième période, il faut rappeler qu'entre temps est intervenu un événement politiquement marquant : la Révolution de 1789. Deux grands textes issus de cette période doivent retenir l'attention :
- le décret d'Allarde des 2 et 7 mars 1791,
- la loi Le Chapelier des 14 et 17 juin 1791.
Libérant les commerçants du carcan des corporations, maîtrises et autres jurandes, ils consacrent le principe de la liberté du commerce et de l'industrie sans lequel le commerce et partant le droit commercial n'aurait pu prospérer.
§3. De 1807 à nos jours
Cette période est marquée par l'échec de la codification napoléonienne et le dépassement du droit commercial.On sait maintenant que le droit commercial a pris corps dans le Code de commerce de 1807. Cependant dès l'origine ce droit portait en germe un certain nombre d'imperfections qui ont amplement été dénoncées par la doctrine et ont abouti à une véritable décodification du droit commercial à laquelle il a été mis fin en 2000.
A - L'échec de la codification napoléonienne
Sans doute le plus grave défaut du Code de 1807 a été de reproduire presque servilement le droit antérieur. En effet, son contenu et son plan étaient fortement inspirés de l'ordonnance de 1673 évidemment obsolète.
Il a reproduit le droit antérieur alors que déjà s'annonçait une ère nouvelle : celle du capitalisme.
Les aspects juridiques du capitalisme moderne ont été mis en lumière par le Doyen Ripert notamment dans un ouvrage qui porte ce titre. Il rappelle que la société commerciale et industrielle du XIXème siècle a eu besoin d'outils pour se développer et fonder un système économique efficace. Elle ne les a pas trouvés dans le Code de commerce déjà obsolète, elle les a donc créés souvent en dehors même du code de commerce.
B - Aspects juridiques et influence du capitalisme
Tout le XIXème siècle et XXème siècle sont marquées par les idées capitalistes bien que en ce domaine comme dans bien d'autres les idées aient évolué. Le capitalisme libéral s'est d'abord imposé, notamment sous le Second Empire.
Puis la 3ème République voit la mise en place des structures de l'économie moderne ; les industriels, les commerçants s'enrichissent (Cf. Y Guyon). On parle « d'âge d'or ».
Mais l'âge d'or n'a pas duré. La première mondiale marque une rupture dans l'évolution du système.
C - La législation contemporaine
Après la première guerre mondiale, la crise économique de 1929 et la seconde guerre, le libéralisme fait place à l'interventionnisme. On est toujours dans une économie de type capitaliste mais l'Etat dirige de plus en plus l'économie.
La tendance perdure aujourd'hui encore même si l'étau étatique s'est relâché sous l'influence des multiples facteurs souvent contradictoires. L'adhésion au Traité de Rome et l'intrusion de l'ordre juridique communautaire en droit interne, les soubresauts politiques de ces dernières décennies, la récession économique et les crises pétrolières rendent peu lisibles l'évolution de la législation contemporaine soumise à des influences contradictoires. Le concept de régulation traduit ce phénomène. Le libéralisme reste de mise mais il faut réguler les activités économiques. La crise financière du début du XXIème siècle montre la nécessité toujours actuelle mais aussi les limites de l'encadrement étatique (P. Lignière, « Colbertisme, Quelle place pour le volontarisme industriel ? », JCP (G) 2010 doctr. 429).
Une autre tendance marque la période contemporaine, c'est celle du dépassement du droit commercial classique voire son absorption partielle ou totale par d'autres matières. A cet égard le droit de la consommation se montre particulièrement envahissant.
Au regard de l'évolution contemporaine du droit, il apparait que la volonté de protéger le consommateur face aux professionnels déborde le simple cadre des relations entre consommateur et commerçant pour s'appliquer à toute personne physique qui contracte avec un professionnel. Les incursions du droit de la consommation dans les relations commerciales sont fréquentes. Et plus largement encore, la loi « Hamon » du 17 mars 2014 consacre l'hégémonie du droit de la consommation en abordant, dans un texte de droit de la consommation, des pratiques qui concernent les seuls professionnels : les pratiques restrictives de concurrence.
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Le droit de la consommation ne connaît pas la distinction commerçant / non commerçant. Il lui préfère celle de professionnel/ non professionnel. Et cette distinction est de plus en plus utilisée dans la législation récente.
Prenons quelques exemples :
- La réforme le régime de la clause compromissoire et admet sa validité dans tous les contrats conclus à raison d'une activité professionnelle. Le critère pour apprécier la validité repose sur le caractère professionnel de l'activité et non sa nature civile ou commerciale.
- La loi du 1er août 2003 pour l'initiative économique affirme davantage encore la prépondérance de la distinction entre professionnel et non-professionnel au détriment de la distinction entre commerçant et non commerçant en permettant la protection spécifique de la résidence principale du professionnel quelle que soit la nature de l'activité, commerciale, artisanale, agricole ou libérale. Seul le non professionnel ne peut bénéficier de cette protection.
- La prévalence de la distinction entre professionnel/non-professionnel au détriment de celle entre commerçant/non commerçant est encore illustrée par l'article préliminaire du Code de la consommation issu de l'ordonnance n° 2016-301 du 14 mars 2016 qui définit le professionnel comme « toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui agit à des fins entrant dans le cadre de son activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole, y compris lorsqu'elle agit au nom ou pour le compte d'un autre professionnel ». Cette définition s'inspire largement du droit européen (art. 2, point 2, de la directive 2011/83/UE du 25 octobre 2011 relative aux droits des consommateurs).
- Enfin, concernant les procédures de surendettement, outre la possibilité de prendre en compte l'engagement de cautionner ou d'acquitter solidairement la dette d'un entrepreneur individuel ou d'une société, la loi n° du 14 février 2022 en faveur de l'activité professionnelle indépendante a modifié l'article L. 711-1 du Code de la consommation afin d'intégrer dans la caractérisation d'une situation de surendettement des particuliers tant les dettes professionnelles que non professionnelles.
Au regard de cette évolution, on peut affirmer que la volonté de protéger le consommateur face aux professionnels déborde aujourd'hui le simple cadre des relations entre consommateur et commerçant pour s'appliquer à toute personne physique qui contracte avec un professionnel.
Par ailleurs, on peut relever l'alignement des statuts de tous les professionnels : commerçants, artisans, membres des professions libérales. Citons par exemple la loi du 2 août 2005 et ses dispositions sur le statut du conjoint du chef d'entreprise travaillant dans l'entreprise familiale renforcé en 2008 ou plus récemment la loi du 15 juin 2010 sur l'EIRL. Émerge un droit des professionnels qui englobe et dépasse le commerçant.
À lire : Calais-Auloy J., « De la notion de commerçant à celle de professionnel », in Méanges P. Didier, Economica, 2008, p. 81-89.