
En 2009, le metteur en scène et documentariste Didier Martiny (1951), donnait ce conseil à un jeune réalisateur : « Travailler d’abord avec son regard, c’est d’abord son regard personnel qui est le plus important ».
Les trois films suivants témoignent d’un regard personnel sur les sociétés la justice et le droit : Raymond Depardon, 10ème chambre, instants d'audiences (2004), Jean Rouch, Jaguar (1967), Raymond Verdier et Banimeleleng Nabede, La Justice divine chez les Kabyè du Togo (1998) permettent d’interroger la présence du droit, les notions de preuve, d’enquête et de véracité dans le cinéma documentaire.
Dans les trois extraits choisis dans ces trois films, les témoignages sociologiques et ethnographiques sont inscrits dans leur contexte avec une certaine intensité. Ils sont saisissants par instants (Depardon, Verdier et Nabede), comiques aussi (Depardon, Rouch). L’articulation des récits, le cadrage, les plans, les éléments significatifs, le son, les voix, l’éclairage, le mouvement, les images, le vocabulaire, les détails, les relations entre les personnes et les personnages sont singuliers et significatifs.
Section 1. Raymond Depardon, 10ème chambre, instants d'audiences (2004)



- Distribution.
Palmeraie et désert/France 2 Cinéma/ CNC/ Canal+ ; sélection officielle Cannes 2004. Ce documentaire (105 min) a été réalisé par Depardon, produit par Claude Morice, Claudine Nougaret, Adrien Roche. La photographie est assurée par Justine Bourgade, Raymond Depardon, Fabienne Octobre, le montage par Simon Jacquet et Lucile Sautarel, le son par Sophie Chiabaut, Claudine Nougaret, Jean-Alexandre Villemer, Dominique Hennequin.
Le tournage de Délits flagrants (1994), film pédagogique réalisé dans un Palais de Justice avait duré 7 ans. Grâce à Jean-Marie Coulon, premier président de la cour d’appel, le tournage de 10ème Chambre, qui est la suite de Délits flagrants, a été plus court. C’est une « avancée citoyenne très importante », dit la présidente Michèle Bernard-Requin.
Les documentaires Faits divers (1983), Délits flagrants (1994, César du meilleur documentaire), 10ème chambre, instants d’audience (2004, César du meilleur documentaire) sont le fruit de l’enquête de Depardon sur la justice en France.
La pratique photographique et cinématographique subjective, indépendante, sociologique, sensible, de Depardon, grand voyageur, consiste à mettre en valeur des sujets dans la lignée de Walker Evans et de Paul Strand, entre autres. L’humain, la parole, l’authenticité, sont au cœur de son œuvre.
En savoir plus
![]() Raymond Depardon. Source : Palmeraieetdesert / CC BY-SA 4.0
Raymond Depardon (né en 1942) est photographe, réalisateur de documentaires, journaliste, reporter et scénariste. En 1966, il a créé l'agence photographique Gamma avec Gilles Caron. Depardon est membre de Magnum Photos depuis 1979, et a reçu de nombreux prix. Dès l'âge de 12 ans, il réalise ses premières photos dans la ferme familiale du Garet (Monts du Lyonnais), avec un appareil 6 x 6 offert par son père. Apprenti dans un magasin de photographie à Villefranche-sur-Mer, il prend des cours de photo par correspondance et installe son laboratoire dans la ferme du Garet. En 1958, il travaille auprès de Louis Foucherand à Paris. Il effectue un reportage au Sahara en 1960 commandité par l'agence Dalmas. Quelques jeunes appelés du contingent se sont perdus dans le désert et les membres de l'expédition partent à leur recherche, trois sur sept sont sauvés. Ce reportage de Depardon fait la une de France-Soir et Paris-Match et il intègre l'agence Dalmas. C'est à ce moment-là qu'il commence sa pratique des films documentaires. En 1969, il filme la cérémonie en l'honneur de Jan Palach, jeune Tchèque qui s'est immolé par le feu pour protester contre l'invasion de son pays. Valéry Giscard d'Estaing lui commande en 1974 un film sur sa campagne électorale, mais ce n'est qu'en février 2002 que 1974, une partie de campagne est diffusé à la télévision (Arte) et au cinéma, car le président n'avait pas apprécié sa manière de le représenter « au naturel ». Le titre initial était 50,81 % (pourcentage des voix obtenues par Giscard d'Estaing). Dans Numéros zéros (1977) Depardon filme sans preneur de son la genèse du premier numéro du Matin de Paris (dirigé par Claude Perdriel), et le documentaire ne sort qu'en 1980 (prix Georges-Sadoul en 1979), Perdriel ayant enfin donné son autorisation. Depardon quitte l'agence Gamma en 1979 et va en Afghanistan filmer des maquisards (Notes, photos et textes). Il réalise Reporters (1981) qui montre le travail de ses collègues de l'agence Gamma. Directeur de la photographie de Pékin central (Camille de Casabianca), il participe ainsi à l'un des premiers films occidentaux tournés en Chine. Depuis les années 1980, Depardon travaille avec son épouse Claudine Nougaret, productrice, réalisatrice et ingénieure du son (ils ont fondé la maison de production Palmeraie et Désert en 1992 pour réaliser Afriques : comment ça va avec la douleur ?, 1996) ainsi qu'avec Jean-Pierre Beauviala. La Captive du désert (1990) est une fiction à partir de l'histoire de Françoise Claustre, prise en otage au Tibesti par des rebelles tchadiens. Le grand prix national de la photographie lui est décerné en 1991. En 2006, la Maison européenne de la photographie expose ses portraits de célébrités politiques. Depardon s'est également intéressé au monde rural avec Profils paysans (L'Approche, 2001 ; Le Quotidien, 2005 ; La Vie moderne, 2008, prix Louis-Delluc, César du meilleur documentaire). En 2006, il est commissaire des Rencontres internationales de la photographie d'Arles. Il fonde avec Diane Dufour « Le Bal », à Paris, lieu d'art contemporain. La BnF présente en 2011 « La France de Raymond Depardon » et le Grand Palais, puis le Mucem (Marseille), exposent (2013-2014) « Un moment si doux » (photographies). Il est l'auteur du portrait officiel du Président de la République française François Hollande en 2012. La même année, Depardon et Nougaret réalisent Journal de France (César du meilleur documentaire). Les Habitants (2016) ont été tournés dans une caravane-studio dans différentes villes en France. 12 jours (2017) (César du meilleur documentaire) montre des audiences entre des patients internés sous contrainte en hôpital psychiatrique et un juge des libertés et de la détention. En 2017, la Fondation Henri-Cartier-Bresson présente une rétrospective de ses œuvres et Les Rencontres internationales de la photographie d'Arles en 2018 accueillent l'exposition « Depardon USA 1968-1999 ». L'Institut du Monde arabe montre en 2022 « Son œil dans ma main » (Algérie, 1961, 2019). |
![]() Michèle Bernard-Requi. Source : Capture d'écran duy film 10ème chambre, instants d'audiences
Michèle Bernard-Requin est avocate, magistrate, substitut du procureur de la République (Rouen, Nanterre, Paris), premier substitut à Paris, vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris, vice-présidente de l'Institut national d'aide aux victimes et de médiation, présidente de l'association de Paris Aide aux Victimes, conseillère à la cour d'appel de Paris, présidente de la cour d'assises de Paris, avocate générale près la cour d'appel de Fort-de-France, Michèle Bernard-Requin prend sa retraite en tant que magistrate honoraire en 2009. Elle a défendu le système judiciaire français dans les écoles et les médias. Parmi ses écrits, citons Juges accusés, levez-vous, Paris, 2006 ; Chroniques de prétoire : Histoires drôles et moins drôles, Paris, Scrineo, 2011. Elle est filmée dans le documentaire de Raymond Depardon Délits flagrants (1994) et dans 10ème chambre, instants d'audience (2004), chambre du tribunal correctionnel de Paris qu'elle a présidé. Elle joue le rôle de la présidente du tribunal dans 9 mois ferme (2013) d'Albert Dupontel. |
- Tournage.
Depardon filme des audiences au tribunal correctionnel et aux assises. Il décrit dans le making-of du DVD, croquis à l’appui, la configuration rectangulaire de ce lieu, avec une baie vitrée, une porte pour le public, une petite porte pour le tribunal, derrière celui-ci ; la présidente est au centre du tribunal, avec les deux assesseurs ; le procureur est à gauche du tribunal, à « la meilleure place ». En face, à droite du tribunal, la greffière, munie de son ordinateur, « assiste à tout, regarde tout » ; devant le bureau de la greffière, il y a le box des personnes qui arrivent de prison par une petite porte, accompagnées de gendarmes. Quand ils passent, ils sont tout près de la greffière ; en face du tribunal, on voit, centré, le petit bureau de l’huissier ; du côté du bureau du procureur, un espace est prévu pour la presse, avec des bancs. C’est là que Claudine Nougaret (son) et Sophie Chiabaut (son) sont installées avec leurs micros et enregistreurs, car la juge n’a pas voulu de perches et Depardon non plus. La partie civile portant plainte est aussi installée là, et, côté box, on voit des bancs pour les personnes convoquées (par lettre recommandée pour présentation au tribunal). Dans le cas d’une conduite en état d’ivresse, par exemple, on reçoit une convocation. On attend, un gendarme est là. À l’ouverture de l’audience, les gens s’inscrivent. Les audiences ont lieu en matinée, en après-midi, le soir, la nuit. Et devant le bureau de l’huissier (côté salle), on voit la barre, de forme arrondie. Du côté des prévenus, se tiennent les avocats de la défense, près des déférés qui arrivent menottés.
Depardon n’a pas eu beaucoup de choix pour filmer les audiences. « J’ai regardé, j’ai écouté », dit-il. Il fallait installer une caméra orientée sur la juge, le meilleur axe étant depuis le deuxième banc dans la partie de la salle destinée au public. La caméra fixe était tenue par Fabienne Octobre, une jeune cameraman. Le pied était assez haut et filmait la présidente en permanence. Les assesseurs ne pouvaient pas tellement « rentrer » dans le champ de la caméra. L’idée était de ne pas bouger et de filmer la présidente, et éventuellement le procureur au moment de ses réquisitions.
Après réflexion, Depardon, pour des raisons cinématographiques, a décidé de rester dans la partie procureur, la meilleure place étant derrière le bureau de l’huissier, sans être vu par la caméra de Fabienne Octobre. Il pouvait donc filmer les personnes qui venaient à la barre, les avocats, qui bougeaient peu pendant leur plaidoirie, bien sûr les déférés, et, éventuellement, la partie civile. Donc, parfois, Depardon déplaçait un peu le pied de sa caméra. Ce qui se voyait le plus et qui était le plus agressif pour l’œil du spectateur, était le pied de la caméra, donc il était habillé de noir, comme Depardon lui-même. Les deux caméras Super 16 avaient une autonomie de 22 minutes, avec toujours deux magasins d’avance. Quand Depardon était en grand angle, il se perdait dans le décor, donc il cadrait serré sur les personnes à la barre, pas trop haut pour ne pas gêner la présidente et les assesseurs, donc un peu penché, mais pas trop en contre-plongée, parfois un peu gêné par le micro du greffier. Il a filmé la sentence, le délibéré, quand tout le monde est debout. Depardon aurait aimé avoir un axe côté procureur, peut-être en 70 mm, avec un scope, pour avoir dans le champ le déféré et la présidente, placés cependant très loin l’un de l’autre. Claudine Octobre, en mettant des micros un peu partout (2 micros pour la présidente, 13 en tout), dissimulés, a accompli un exploit, note Depardon. Il y a des plans sur une famille qui attend. Lors des séances de nuit, les deux lustres éclairent mal. Et, lorsqu’à deux heures du matin, les déférés menottés arrivent, c’est terrifiant, confie Depardon. Certaines personnes n’avaient pas donné leur autorisation pour ce film, aussi a-t-il travaillé au petit téléobjectif. Il a fallu être patient, le délai étant de 3 mois pour obtenir l’acceptation d’être filmé. Les acceptations ont été variables. Depardon ne voulait pas gêner le déroulement des audiences. En regardant d’autres films, il s’est aperçu que son positionnement était très nouveau, en contre-plongée. On se trouve, dit-il, dans « la fosse aux serpents ». Son documentaire est très fort « parce qu’on est avec les gens ». S’il avait utilisé un téléobjectif, la présence n’aurait pas été aussi intense. Dans ce contexte très particulier, Depardon a été obligé de filmer de façon inédite. Les gens qui entrent dans le cadre, bougent, l’obligent à filmer d’une manière novatrice. Le grand angle n’est pas requis et il ne faut pas bouger.
Depardon a attendu dix ans après Délits flagrants pour travailler dans de meilleures conditions, avec un bon matériel pour ne pas « ajouter de la misère à la misère ». Il a peu échangé avec la présidente pour qu’elle soit la plus naturelle possible, pour ne pas l’angoisser, car, dit-il, le micro et la caméra étaient des mouchards ! La procédure judiciaire est très technique. L’attitude de la présidente est remarquable. Au début, elle faisait très attention, était très pédagogique. Mais elle a oublié rapidement la caméra. Le dispositif de la justice est tellement fort, dissuasif, judéo-chrétien, note Depardon, que les prévenus sont tendus et oublient la caméra.
Le film s’est construit avec deux caméras, qui ne devaient pas se déclencher au même moment, car la panne bobine aurait eu lieu en même temps. Souvent Fabienne Octobre démarrait la première. Au bout d’une minute, Depardon déclenchait la sienne, puisque la personne écoutait et la présidente commençait l’audience. Fabienne Octobre rechargeait sa caméra en 35 secondes, puis Depardon rechargeait la sienne. Il n’y a pas eu beaucoup de rushs, pour une trentaine d’heures de tournage. Cent soixante-cinq personnes ont accepté d’être filmées et une centaine de déférés a été présentée, une douzaine d’entre eux a été retenue pour le documentaire.
Togolais, mal logé, le déféré souffre d’un problème de santé, d’un handicap. Il n’en peut plus que l’électricité de son logement soit coupée. Il s’est senti menacé, ne pouvait plus prendre ses médicaments. Il a eu affaire à une femme très désagréable, le propriétaire ne bronchant pas. Le prévenu est souvent hospitalisé en psychiatrie. On entend la présidente en voix off. Le prévenu touche ses papiers. Depardon ne bouge pas pour filmer au petit téléobjectif. La juge ne se rend pas compte du handicap, dit Depardon, pourtant, elle a l’habitude de ce type de situation. « On déverse un peu tout dans la salle ». Elle laisse le prévenu expliquer, montre une grande capacité d’écoute. Depardon évoque la « tendresse africaine » du déféré, constate le trafic ignoble de taudis sans électricité. Considérant qu’il s’agit d’un problème d’ordre administratif, on renvoie une fois de plus le dossier à un expert, car il faut davantage d’informations. Le visage du déféré est net, le fond est flou, ses gestes sont mis en valeur. Il n’a pas encore son billet d’avion pour aller au Togo. On lui demande d’attendre un peu. Depardon ne bouge pas, il cadre très serré, le déféré montre son crâne, formidable, il bouge dans le cadre, tandis qu’il cite tous les hôpitaux de Paris où il est allé. On devrait le libérer, dit Depardon, mais voilà, on lui impose encore un rapport, une attente. En fait, on a provoqué sa violence. La déviance n’est pas loin de nous, ajoute Depardon, quand on s’énerve dans la vie… Il ne voulait pas mettre dans le documentaire trop de cas psychiatriques, puisqu’il avait déjà fait un film sur cette question (San Clemente, 1982).
Autre cas, le déféré est accusé de détention de cocaïne, il a déjà fait l’objet de deux interdictions de territoire non-respectées. Il a été condamné à deux reprises pour détention de crack. Sorti de prison, il récidive, ce qui se solde par un an de prison et une incarcération immédiate. Un appel est possible pendant 10 jours. La mesure de sûreté est requise.
Depardon utilise un cadre fixe et serré. On est vraiment avec la personne, sans plan sur la juge, on n’entend que sa voix et cela suffit, estime Depardon. Une personne arrêtée à l’audience constitue le seul cas dans le film. On ne montre pas les menottes. Tout passe par le son, ce qui est encore plus intense
En savoir plus
-
Conduite en état d’ivresse.
Délit reconnu. 500 euros d’amende, suspension de permis 4 mois.
-
Outrage.
Le déféré est artisan du bâtiment, dans le cadre de son travail, il n’y a pas de stationnement possible dans la rue, mais il est obligé d’enfreindre l’interdiction pour gagner sa vie… Il est donc verbalisé par des « dames », sans dialogue, il les traite de « salopes ». La policière présente demande des excuses, qui sont acceptées.
Délibéré : 300 euros d’amende, suspension de permis (4 mois), conduite autorisée de 8-20h dans l’exercice du travail. La condamnation figure dans le casier. 200 euros dus à la policière.
-
Conduite en état d’ivresse.
Délit. La prévenue, artiste peintre, reconnaît les faits, dit boire du bon vin avec ses amis de temps en temps. N’a jamais eu de problème depuis 45 ans.
Selon le procureur, elle rejette la faute sur autrui. 1 200 euros d’amende et 4 mois de suspension de permis.
-
Tir de carabine.
Le prévenu a acheté une carabine et a tiré sur une canette de bière. Il prend du Tranxene. Commerçant, il ne travaille plus. Il a déjà été arrêté pour héroïne il y a 8 ans.
Confiscation de l’arme demandée.
-
Appels téléphoniques malveillants.
La prévenue est victime de harcèlement téléphonique de la part de son ex-compagnon, qui l’a torturée durant leur vie commune. L’existence de la jeune femme est détruite. Depardon fait un gros plan sur son visage. 18 mois de prison sont demandés avec sursis pour son harceleur.
Délibéré : 50 jours d’amende à 8 euros chaque jour = 400 euros. 16 mois de prison avec sursis. Interdiction de relations avec la victime.
-
Détenu. Vols à la tire. Outrage et résistance à la police.
Le déféré demande sa mise en liberté, il est asthmatique, fait une grève de la faim, avec une tentative de suicide. Il a un problème de titre de séjour, est accusé de recel, de trafic de stupéfiants, fait l’objet d’une interdiction de territoire. Il a agressé un personnel de la RATP.
Le fonctionnaire raconte le vol, l’agression, explique que le prévenu s’est tapé la tête contre le mur, à la suite de l’agression, lui, a eu un jour d’ITT et demande 500 euros pour réparation de son préjudice.
Il y a demande de relaxe pour doute. Le déféré est jugé coupable, avec 12 mois fermes. L’appel est possible. « J’espère que vous dormez bien, vous condamnez un innocent, c’est ça la justice française » ! Interdiction sur le territoire français et 500 euros d’amende.
-
Comparution immédiate. Accepte d’être jugé ce jour.
Le prévenu consomme du cannabis, pour son usage personnel. Il vit au-dessus de ses moyens. 15 mois d’emprisonnement avec sursis et 1 500 euros d’amende sont demandés.
Délibéré : Condamné à 12 mois de prison dont 6 mois fermes et 6 mois avec sursis, avec obligation de soins. Il s’agit de la 4e comparution. L’appel est possible. La détention est immédiate.
-
Vol et violences.
Le prévenu sort de prison. Il est illettré, a eu des problèmes avec deux hommes.
Il n’y a pas de victime à la barre, pas de préjudice corporel. L’avocat de la défense plaide la relaxe. Relaxe accordée.
-
Arme de 6ème catégorie (Opinel avec cran de sûreté porté dans le métro).
Le déféré est sociologue. Absence de prise d’empreintes. Il n’est pas au courant de l’interdiction de port d’un Opinel dans le métro, outil qui devient une arme par destination. Lors d’un contrôle d’identité, le prévenu a été violemment poussé par un policier. Il estime qu’il y a eu interpellation abusive. Le procureur demande 1 mois de prison avec sursis, une amende de 800 euros. Accordé.
-
Refus d’obtempérer, conduite sans permis valable.
Le déféré est un livreur qui travaille sans permis de conduire et affirme ne pas pouvoir s’arrêter de travailler. La situation semble bloquée.
Claudine Nougaret, productrice, ingénieur du son, devait capter la parole, ce qui n’était pas toujours évident. Un casting de voix, de sons, a été organisé.
Michèle Bernard-Requin se trouve dans une situation d’autorité obligatoire, en utilisant la procédure d’audience française, dans laquelle la présidente n’est pas silencieuse et est investie d’un triple rôle : faire émerger une vérité, vérifier que la sanction est adaptée à la personne qui comparaît ; prononcer la sanction. Depardon porte un regard sur cette fonction : « On la voit bien, l’autorité ! ». Il a su mettre en évidence la toute-puissance institutionnelle !
Depardon veut montrer qui sont les gens. Il y a une grande liberté de parole dans ces audiences. Le procureur n’est pas là pour être sympathique, il doit faire comprendre que la loi est la loi. Certains prévenus n’étaient pas obligés de comparaître, certains étaient très provocateurs. Dans le cas du sans-papier, on est désarmé, mais la présidente n’est pas sûre d’avoir tous les éléments. Les Nomades prévenus ne savent pas quelle est leur nationalité, aux prises avec plusieurs frontières. Selon Depardon, dans ces situations de tension la caméra nous renvoie une sorte de dérision. Selon la présidente, le cérémonial judiciaire est nécessaire, c’est un instrument de prévention, de rétablissement de la loi solennelle.