L'administration française actuelle est le résultat d'une longue maturation historique.
Tx.« En France, l’Administration a constitué l’Etat. La rencontre, lors des derniers siècles du Moyen-Age, d’une offre, celle du pouvoir royal, et d’une demande émanant des élites urbaines, a provoqué l’institution d’un appareil administratif qui, en s’individualisant au service de la souveraineté monarchique, a permis qu’elle se déploie » ; c’est par ces mots que commence l’ouvrage de François Burdeau, Histoire de l’administration française du 18ème au 20ème siècle (Domat, Monchrestien, 2ème ed., 1994).
L'Ancien-Régime est marqué par la centralisation (concentration du pouvoir administratif au sein d'une même personne). La centralisation administrative est ancienne puisqu’elle a accompagné l’union progressive au centre des diverses principautés éparpillées. Elle est donc très forte sous l’ancien-régime (toute décision émane du Roi), mais largement inachevée du fait d’une multitude de réseaux qui distendent les liens entre les territoires et le pouvoir royal (sur l'ensemble de la question, K. Weidenfeld, Histoire du droit administratif, du XIVème siècle à nos jours, Economica, 2010, p. 265 et s.). La Révolution sera la conséquence, au moins pour une part, de l’incapacité à réformer l’Etat et l’administration.
Tx.« Napoléon, père de l’administration moderne ? L’étiquette napoléonienne que l’on accole au système français depuis le début du 19ème siècle jusqu’à nos jours le fait croire en tout cas » (F. Burdeau, op. cit., p. 72).
L’Administration est réintégrée au sein de l’Exécutif, elle est entre les mains d’un chef unique ; les fonctionnaires sont désignés par le pouvoir exécutif. La loi du 28 pluviôse an VIII consacre la prééminence des préfets dans l’appareil administratif (le préfet est seul chargé de l’administration) ; l’uniformité communale est rétablie, le département est consolidé ; les libertés et initiatives locales sont largement ignorées. La centralisation administrative est réelle : on note le développement du nombre de fonctionnaires, avec une professionnalisation accrue, la montée en puissance des privilèges de l’administration. Mais ce système est particulièrement lourd puisque le pouvoir central décide de tout, et particulièrement un homme seul décide de tout.Puis intervient, au XXème siècle, la période de l’Etat interventionniste, qui ne s’accompagne pas, dans un premier temps tout au moins, d’un renforcement de l’appareil administratif ; selon François Burdeau, « en un siècle, la dilatation de l’Administration a gardé une ampleur modérée » (op. cit., p. 149). C’est finalement après 1914 qu’on assiste à « une explosion administrative » (F. Burdeau, op. cit., p. 153 ; P. d'Hugues évoque « la caserne administrative » pour mettre en évidence la séparation des fonctionnaires de la Nation). L’Etat intervient de plus en plus dans le domaine économique et dans le domaine social ; on assiste à un gonflement de la bureaucratie sous l'effet d'une fonctionnarisation des services publics. La deuxième guerre mondiale renforcera cette tendance, l’administration étant constamment sollicitée dans l’effort massif de reconstruction. Les ministères auront tendance à se multiplier, les directeurs d’administration prolifèrent, le développement des commissions et conseils semble constituer un remède à l’apparition de chaque nouveau problème.
Dès 1948, la conception du rôle de l'Etat est renouvelée. Une vague de nationalisations étend le secteur public ; la Sécurité sociale est créée en 1945. Est mise en place une rationalisation de l'action publique par la consolidation du secrétariat général du Gouvernement. La réforme administrative est à l'ordre du jour; l'ENA est créée en 1945, le premier statut de la fonction publique date de 1946.
La critique de l'administration devient une constante du discours politique français : on critique le poids de l'Etat et de la machine administrative ; la lenteur des procédures administratives, l'inertie de la puissance publique, l'insuffisante transparence administrative, l'inadaptation des structures administratives, l'excessive centralisation, le corporatisme des fonctionnaires...
L'administration va chercher à s'adapter par la mise en place d'une Gestion des Ressources Humaines (GRH), avec des techniques de gestion empruntées au secteur privé ; par l'utilisation des TIC et la mise en place d'une administration numérique avec des démarches administratives en ligne, l'évolution des relations entre l'administration et le public...
Le rôle de l’Etat est probablement en train de changer depuis la fin du 20ème siècle ; d’un Etat gendarme à un Etat interventionniste, on passerait désormais à un Etat régulateur, intervenant encore, certes, mais d’une manière très différente, par la négociation, la contractualisation… Mais le poids de l’administration demeure, ce qui a engendré de multiples tentatives de modernisation ; la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), la Modernisation de l’Action publique (MAP) et Action Publique 2022 (AP 2022) sont les plus récentes ; mais le poids des technologies de l’information modifie le fonctionnement même de l’administration.
Section 1. De la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), en passant par la Modernisation de l’Action publique (MAP), à Action Publique 2022 (AP 2022)
Tx.« A force d’être invoquée sur tous les tons et à presque toutes les époques, autoproclamée le plus souvent (…), la thématique de la réforme de l’Etat fait partie incontestablement de ces catégories juridico-politiques qui découragent tout effort de définition » (J.-J. Sueur, « Réforme de l’Etat : histoire d’un mot », in J.-J. Pardini et C. Devès (dir.), La Réforme de l’Etat, Bruylant, 2005, p. 23).
Il est vrai que la France parle depuis de très nombreuses années de cette réforme de l’Etat, largement introuvable car il est bien difficile d’en donner une définition et d’en cerner les contours. S’agit-il de réformer les structures, les institutions, de procéder à une revue complète des missions de l’Etat pour identifier ce qui relève vraiment de ses compétences et ce qui peut être délégué ? Est-ce une réforme des politiques publiques ou des moyens publics ? Le spectre est large, et bien souvent, le thème de la réforme de l’Etat cache une réelle crise du politique ; à s’attacher à réformer l’Etat et l’administration, on oublie sans doute les problèmes les plus cruciaux de la vie politique. Le Président Macron et le Premier ministre Philippe ont lancé des pistes s'agissant de l'action publique (déclaration du Président de la République devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 3 juillet 2017 ; déclaration de politique générale du Premier ministre devant l'Assemblée nationale le 4 juillet 2017) : il est indispensable de remettre en cause certaines missions de l'Etat, qu'il n'a pas nécessairement à assumer ; il faut également repenser les politiques publiques qui ne donnent pas de résultats satisfaisants.Cette volonté de réformer est constante. Elle s’est traduite par de multiples tentatives ; les dernières en date méritent qu’on s’y arrête ; la Révision générale des politiques publiques (RGPP), la Modernisation de l’action publique (MAP), Action Publique 2022, la première menée par Nicolas Sarkozy, la deuxième par François Hollande, la troisième par Emmanuel Macron, ont ouvert la voie à une réflexion plus large sur l’administration et le droit public. Quelles perspectives pour les structures et les politiques publiques ? Il y a plusieurs étapes de la réforme de l'Etat sous la Cinquième République : la RCB (Rationalisation des choix budgétaires) en 1968, lois de décentralisation Defferre de 1982, circulaire Rocard de février 1989 sur le renouveau des services publics (mise en place d'outils de gestion et d'évaluation), comité interministériel de l'évaluation (décret du 22 janvier 1990), introduction d'une culture de la performance et de la responsabilité dans la gestion publique (Loi organique relative aux lois de finances du 1er août 2001).
§1. RGPP, MAP, AP 2022 : les mêmes faces de la réforme de l’Etat ou la transformation de l'Etat ?
A. La Révision générale des politique publiques : une efficacité au service du public ?
1. Une inspiration liée au new public management
La Révision générale des politiques publiques poursuit l’objectif de rénovation. Elle est une vaste opération de modernisation de la fonction d’administration. Son adoption officielle a été faite en Conseil des ministres le 20 juin 2007.
Le 10 juillet 2007, le Premier ministre, François Fillon, a lancé la révision générale des politiques publiques (RGPP) qui doit remettre à plat « l’ensemble des missions de l’État pour l’adapter aux besoins des citoyens », au moyen d’audits passant en revue les politiques publiques dans tous les ministères. À l’issue de ce processus, des propositions de réformes ont été effectuées dans le sens d’une réduction des dépenses de l’État et de l’amélioration de l’efficacité des politiques.
Elle s’intéresse aux institutions administratives et aux institutions centrales mais elle va plus loin et englobe toute l’administration. La RGPP fait suite au rapport Pébereau « Rompre avec la facilité de la dette publique ; pour des finances publiques au service de notre croissance économique et de notre cohésion sociale » (décembre 2005), qui proposait la mise en place d’un dispositif de réexamen de l’ensemble des dépenses de l’Etat et de la sécurité sociale en vue de les réorienter ; il invitait également à simplifier l’organisation administrative et à faire disparaître toutes les structures redondantes.
La RGPP possède donc une logique financière de rationalisation de l’activité des personnes publiques. Elle s’inspire d’expériences étrangères comme l’expérience canadienne de la « revue des programmes », dans les années 1990, qui visait clairement la baisse des déficits publics. La RGPP n’est que la transposition en France du New public management, qui prône un management des administrations publiques sur la base des modes de gestion privée en s’appuyant sur des critères d’efficacité : indicateurs d’activité et de résultats, élaboration de contrats d’objectifs et de moyens, responsabilisation des gestionnaires publics, développement de la notion de client du service public.
La méthode de la RGPP, qui prévoit une succession d’audits et de décisions politiques et juridiques, est également directement inspirée de la stratégie néo-libérale. Les décisions politiques sont arrêtées par un conseil de modernisation des politiques publiques présidé par le Président de la République et qui rassemble tous les membres du Gouvernement. Un comité de suivi est instauré. Les conseils de modernisation se succèdent à quelques mois d’intervalle ; ils sont l’occasion d’un rapport qui fait un état des points acquis et de ce qu’il reste à faire pour mettre en œuvre les décisions des précédents conseils.
Après une phase d’audits approfondis dans l’ensemble des ministères, plus de 300 réformes ont été engagées. Trois ans après, en juin 2010, le mouvement se poursuit avec l’adoption de près de 150 nouvelles mesures pour les années 2011-2013. La première phase de la RGPP a conduit essentiellement à recentrer l’Etat sur ses missions prioritaires et à engager de profondes restructurations (fusions de directions comme la fusion de la Direction générale des Impôts et de la Direction générale de la Comptabilité Publique, transfert d’activités à des opérateurs, etc). La nouvelle étape approfondit ces réformes : il s’agit par exemple de rationaliser les fonctions support (ensemble d'activités de gestion concernant le fonctionnement de l'administration : ressources humaines, immobilier, finances, affaires juridiques, systèmes d'information, communication, achats, logistique) dans les directions départementales interministérielles nouvellement créées ; mais elle met tout l’accent sur l’amélioration de la qualité du service rendu à l’usager (par exemple la réduction des délais de traitement des démarches administratives jugées prioritaires par les Français). Enfin, le champ de la réforme s’élargit au-delà de l’Etat en se portant sur les opérateurs publics, les hôpitaux et les organismes de sécurité sociale. Au global, il s’agit d’une amplification de l’effort de modernisation.
2. Des objectifs et principes d’actions essentiellement tournés vers l’efficacité
- Elle cherche tout d’abord à améliorer la qualité du service rendu aux usagers ; elle vise notamment à améliorer l’accueil des citoyens dans les services publics (en développant les guichets uniques), à réduire les délais de traitement des dossiers, à traiter plus efficacement les réclamations, ou encore à dématérialiser les procédures pour faciliter les démarches des citoyens.
- La RGPP cherche ensuite à réduire les dépenses publiques ; les réformes engagées ont comme objectif de recentrer l’Etat sur son cœur de métier, de réorganiser l’administration centrale, de rationaliser l’administration déconcentrée, de mutualiser les fonctions supports (ressources humaines, immobilier, finances, affaires juridiques, communication, système d’information, logistique, achat) et de faire participer tous les acteurs publics à l’effort de maîtrise des dépenses publiques (administration, opérateurs, hôpitaux, etc.).
- La RGPP veut enfin poursuivre la modernisation de la Fonction publique et valoriser les initiatives des agents ; il s’agit de responsabiliser les cadres, de mieux recruter, de mieux former, de mieux rémunérer, de mieux gérer et de valoriser l’innovation.
La RGPP se veut tant une démarche partenariale (elle s’est appuyée sur les propositions des ministères eux-mêmes, approfondies et expertisées par des équipes d’audit) qu’une démarche globale : toutes les structures de l’Etat sont concernées. La première phase s’est principalement concentrée sur les administrations centrales et déconcentrées de l’Etat ; la seconde phase implique davantage les opérateurs de l’Etat et, dans le respect de la spécificité de leur gouvernance, les organismes de sécurité sociale. D’autre part, la démarche concerne tout à la fois la définition des missions, l’organisation et les processus mis en œuvre par les services publics. La RGPP bénéficie d’un soutien politique fort : elle est pilotée par le Conseil de modernisation des politiques publiques (CMPP) présidé par le Président de la République et fait l’objet d’un suivi régulier par le Comité de suivi co-présidé par le Secrétaire général de la Présidence de la République et par le Directeur de cabinet du Premier Ministre.
Elle repose sur une analyse approfondie et détaillée des spécificités de chaque ministère. Elle reste marquée par le principe de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite. Elle fait enfin l’objet d’un suivi très rigoureux : l’état d’avancement de chaque mesure est évalué sur la base d’objectifs et d’indicateurs précis. Chaque rapport d’étape, présenté en Conseil des ministres, assure la transparence des résultats de la RGPP. Pour rendre compte de façon synthétique de son état d’avancement, chaque mesure se voit attribuer un « feu », sur le principe des feux tricolores : vert si la réforme progresse au rythme prévu ; orange si la réforme satisfait la plupart des exigences mais nécessite des actions correctrices pour être menée à bien ; rouge si la réforme connaît un retard important et doit faire l’objet d’actions correctrices à mettre en œuvre rapidement.
La couleur est établie en fonction d’une étude préalable approfondie de l’avancement des réformes selon des critères précis comme la structuration du projet, le respect du calendrier ou l’atteinte des résultats attendus. Les critères d’évaluation sont plus exigeants à chaque nouveau rapport.
3. Une pertinence discutable
La RGPP a fait l’objet de très vives critiques. En tout cas, elle n’a pas donné les résultats escomptés. L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement économiques) a certes décerné un satisfecit aux réformes menées dans ce contexte (pilotage de la RGPP au plus haut niveau politique, rationalisation de l’Etat, recherche de la qualité du service public et implication des usagers dans la démarche, etc.) mais le rapport qu’elle y consacre ne dit rien des limites de cette réforme : aucun examen des missions de l’Etat et de ses évolutions ; ce sont finalement les structures qui ont été remises en cause et non les politiques publiques elles-mêmes. De plus, un rapport de la Cour des comptes (C. comptes, La mise en œuvre de la LOLF, un bilan pour de nouvelles perspectives, nov. 2011) a souligné l’incompatibilité évidente entre la LOLF et la RGPP telle qu’elle est envisagée. L'une est portée par le Parlement (LOLF), l'autre par l'exécutif (RGPP); 17 milliards d'économies étaient prévus par la RGPP mais sans nouvelles réflexions sur la performance, objectif prioritaire de la LOLF. Enfin, la réduction des effectifs promise par la RGPP s’est révélée inexacte, puisque de très nombreux emplois ont en réalité été transférés vers les agences…
L’abandon de la RGPP est officiel en octobre 2012. Elle est remplacée par la modernisation de l’action publique (MAP), qui se veut une rupture avec la RGPP.
B. La modernisation de l’action publique : le renouveau du service public ?
Mais elle a été précédée par la création d’un secrétariat général à la modernisation de l’action publique, placé auprès du Premier ministre. Si les objectifs semblent assez proches de ceux qui ont présidé à la RGPP (« la modernisation de l’action publique s’inscrit au cœur du nouveau modèle français que porte le Gouvernement. Elle consiste à repenser le rôle des pouvoirs publics, à interroger l’efficacité de la dépense publique et à adapter les moyens mis à la disposition de l’Etat et des collectivités territoriales aux objectifs poursuivis »), la méthode en revanche est complètement opposée ; ainsi la circulaire prône-t-elle un Etat qui intervient pour le bien-être des citoyens, en remettant au cœur du dispositif les services publics et surtout les agents de l’administration, dont le Gouvernement issu des élections de 2012 estime qu’ils ont été vilipendés par la droite et anéantis par la RGPP. Ils sont placés en première ligne et la circulaire fait dépendre d’eux l’efficacité de l’administration dans son ensemble. C’est la raison pour laquelle, officiellement, le principe du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite a été abandonné ; le Gouvernement a cherché au contraire à créer de nouveaux emplois publics dans les services publics qu’il estimait prioritaires (Education nationale, Police et Justice, par exemple) tout en ne remplaçant pas certains fonctionnaires dans des secteurs considérés comme moins essentiels. Surtout, les collectivités territoriales sont totalement impliquées dans la démarche, ce qui répond aux reproches effectués à l’égard de la RGPP. La méthode est présentée sous forme d’un schéma :
Modernisation de l'action publique
Les comités interministériels pour la modernisation de l’action publique (qui regroupent l’ensemble des ministres ainsi que le ministre délégué au Budget) se réunissent donc régulièrement (v. P. Villeneuve, « La réforme de l'État et de l'action publique après la RGPP, entre ombre et lumière », LPA, 8 janvier 2013, n° 6, p. 4). Ainsi celui du 18 décembre 2012 a-t-il mis l’accent sur un programme de simplification des normes et des démarches administratives pour les particuliers, pour les entreprises et pour les collectivités locales ; sur la transparence sur la qualité des services rendus ; il engage une feuille de route sur l’administration numérique et lance plusieurs cycles d’évaluation des politiques publiques ; un chantier transversal sur les opérateurs publics est lancé pour en simplifier la gouvernance et en réduire le nombre. L’administration est tout entière concernée, centrale comme territoriale. De même, 40 décisions ont été prises lors du CIMAP du 17 juillet 2013 (réforme de la formation professionnelle et de la formation en alternance, soutien à l’économie sociale et solidaire, etc.). Mais force est de constater que le dernier CIMAP s’est tenu le 18 décembre 2013… et parmi les décisions prises, l’idée était certes de renforcer le dialogue social (ce qui a indirectement conduit à la loi du 17 août 2015) tout en développant la culture managériale. Est-on si loin de la RGPP ? (P. Villeneuve, « La RGPP est morte, vive la RGPP », JCP-A 2012, n° 40). La mise en œuvre des décisions se poursuit néanmoins ; elles sont prises désormais en Conseil des ministres.
Un premier séminaire de bilan s’est déroulé le 6 novembre 2014, dressant le panorama des actions réalisées après deux ans de modernisation de l’action publique ; le bilan semblait plutôt favorable, avec une volonté affirmée de renforcer la participation des usagers et de toutes les parties prenantes au processus d’évaluation. Un memo sur l’évaluation des politiques publiques (EPP) : principes, processus et méthodes a été réalisé (avril 2015). L’objectif est d’améliorer la qualité et la performance des politiques publiques, et de répondre à l’évolution des besoins des bénéficiaires dans un cadre budgétaire contraint. En mars 2015, sur les 59 évaluations lancées, 58 sont achevées. Evaluer une politique publique, c'est juger de sa valeur au regard d'un ensemble de critères, en vue de l'améliorer et d'éclairer la prise de décision (décret n° 98-1048 du 18 novembre 1998 ; voir Rapport sur l'évaluation de la démarche globale d'évaluation des politiques publiques menées dans le cadre de la modernisation de l'action publique, février 2017, KPMG-Quadrant Conseil).
La réforme de l’Etat est souvent pensée comme une idée abstraite, générale et souvent très large. Il est difficile de moderniser l’Etat et son administration sans savoir exactement quelles missions relèvent de l’Etat justement et celles qui relèvent d’autres acteurs. Une revue des missions de l’Etat a été engagée ; le bilan a été dévoilé lors du conseil des ministres du 22 juillet 2015, accompagné de 45 mesures pour un Etat plus efficace et plus proche dans les territoires, articulées autour de 8 axes d’action prioritaires :
- améliorer et simplifier les prestations rendues aux usagers ;
- trouver un nouvel équilibre entre les fonctions de contrôle et de conseil aux collectivités territoriales ;
- améliorer les missions de contrôle des entreprises par les services de l’État ;
- renforcer les dispositifs de prévention et de gestion des risques et de la sécurité ;
- renforcer la cohésion sociale ;
- soutenir les projets des entreprises, des collectivités territoriales et des associations ;
- conforter le rôle et les missions de l’État en matière d’économie et d’emploi ;
- soutenir la culture dans les territoires.
C. Action Publique 2022 : la transformation de l'Etat ?
La Modernisation de l'Action publique a disparu au profit du Programme « Action publique 2022 », titre qui correspond à la , adressé par le Premier Ministre Edouard Philippe aux ministres et secrétaires d'Etat de son gouvernement. Il ne s'agit plus de modernisation de l'action publique, mais de « transformation de l'action publique », priorité de l'action du Gouvernement.
1. Les chantiers et la méthode de Action Publique 2022
Le Programme AP 2022 poursuit 3 chantiers prioritaires : améliorer la qualité des services publics, en insistant sur la relation de confiance entre usagers et administrations, et en insistant également sur la transformation numérique ; offrir aux agents publics un environnement de travail modernisé, en les impliquant dans tout le processus de transformation ; accompagner rapidement la baisse des dépenses publiques (réduction de 3 % de la part de dépense publique dans le PIB d'ici 2022). Un plan de transformation doit être établi pour chaque ministère.
Le Premier Ministre, accompagné par le ministre de l'action et des comptes publics, a souhaité mener une véritable revue des missions de l'Etat et des acteurs publics. Ainsi a été mis en place un Comité Action publique 2022, qui est un comité de revue des missions et des dépenses publiques. Celui-ci dispose d'une feuille de route claire : quel est le niveau de portage le plus pertinent de chaque politique publique ? En clair, il s'interroge sur ce qui doit relever de l'Etat, ce qui doit relever des collectivités publiques, ce qui peut être transféré au secteur privé, et ce qui doit être abandonné. Chaque ministère a donc du produire "une contribution initiale synthétique" proposant des réformes structurelles et de transformation s'agissant du périmètre des politiques publiques de ce ministère, du niveau de portage le plus pertinent pour chacune d'elles, la réalisation d'économies durables et structurelles, les pistes d'amélioration de la qualité du service. Le Secrétariat général pour la modernisation de l'action publique apporte son aide sur les questions méthodologiques. Les ministres ont été auditionnés par le Comité Action publique 2022, des échanges ont eu lieu jusqu'à la remise par ce dernier d'un rapport en juin 2018.
Le Premier ministre annonce dans la circulaire la conduite de cinq chantiers transversaux :
- simplification administrative et amélioration de la qualité de service,
- transformation numérique,
- rénovation du cadre des ressources humaines,
- organisation territoriale des services publics,
- modernisation de la gestion budgétaire et comptable.
Un Grand Forum de l'Action publique est organisé : 13 forums régionaux des services publics se sont tenus en novembre et décembre 2017, chaque ministre devant en animer personnellement un. Il s'agissait de recueillir les attentes des citoyens sur la transformation du service public et de réfléchir avec les agents publics à un cadre de travail modernisé... Mais les intérêts ne sont pas les mêmes, les attentes et propositions non plus.
Chaque ministre devait enfin soumettre au Premier ministre son plan de transformation ministériel, pour arbitrage avant une présentation en Conseil des ministres à l'été 2018.
Ainsi un certain nombre de plans de transformation ont-ils été présentés au Premier ministre :
- le 13 février 2018, le Ministère des solidarités et de la santé a présenté 5 grands chantiers de la stratégie de transformation du système de santé, pour mieux répondre aux besoins des patients (qualité et pertinence des soins, modes de financement et de régulation, virage numérique, formation et qualité de vie au travail, organisation territoriale des soins ) ;
- le 5 juillet 2018, ce fut au tour du Ministère des Armées de présenter sa stratégie avec une forte hausse des moyens dédiés à l'équipement des forces armées et une nouvelle organisation de la DGA ;
- le 11 juillet 2018, le ministre de l'action et des comptes publics a annoncé les réformes prioritaires qui découlent d'une réflexion sur les missions et les périmètres (révision de la fiscalité, simplification des relations avec les collectivités locales, allègement de certaines tâches répétitives, saut technologique...une restructuration profonde des réseaux est en cours pour rapprocher le service public du citoyen, un vaste mouvement de déconcentration est amorcé) ;
- le 18 juillet 2018, le Ministère du travail a présenté son plan de transformation Action publique 2022, afin d’améliorer l’accompagnement des demandeurs d’emploi vers le marché du travail (coordination renforcée des différents acteurs du service public de l'emploi, plus d'agilité pour Pôle Emploi, amélioration de l'offre de service de Pôle Emploi, poursuite de la modernisation du système de formation professionnelle) ;
- le Ministère de l'Education nationale a, lui, présenté sa stratégie de transformation le 2 août 2018 (personnaliser les parcours dans l'Education nationale pour les personnels et les élèves, avec en particulier une valorisation des salaires des professeurs en écoles et collèges REP+, simplifier la carte territoriale pour faire émerger dès 2020 13 académies correspondant aux 13 régions, promouvoir l'avènement d'une nouvelle culture de l'évaluation au service de la réussite des élèves, une nouvelle instance d'évaluation devant être créée en 2019).
2. Le rapport du Comité Action Publique 2022 de juin 2018
Le Comité Action Publique 2022 (CAP 2022) a rendu son rapport en juin 2018, mais ce dernier n'a été rendu public qu'en juillet... et il est probable que la plupart des mesures préconisées ne verront pas le jour. Le rapport s'intitule Service public, se réinventer pour mieux servir. Le comité a analysé 21 politiques publiques avec un objectif triple : améliorer la qualité du service pour les usagers, améliorer les conditions d'exercice du métier des agents publics, baisser la dépense publique pour les contribuables, en cessant d'opposer excellence du service public et baisse des dépenses publiques (v. H. Pauliat, « Action publique 2022 : un rapport à risque ! », JCP-A 2018, act. 638). Le comité présente en premier lieu ses convictions : améliorer le service public tout en faisant des économies substantielles est possible mais une transformation radicale est la seule manière d'y parvenir ; selon lui, il faut assumer des ruptures, ainsi le service public doit être construit autour de l'usager final et de ses besoins et non plus en fonction de la manière dont l'administration est organisée ; une partie des moyens alloués à certains services publics dépendrait des résultats de satisfaction des usagers, ce qui n'est pas sans risque ! Les citoyens devraient être davantage associés à la conception même des politiques publiques. Le Comité formule ensuite 22 propositions. Un changement de modèle est proposé : il faudrait refonder l'administration autour de la confiance et de la responsabilisation (souplesse dans le recrutement et la gestion des ressources humaines avec la fin des revalorisations automatiques du point d'indice, incitation des managers à être force de proposition, ce qui est en lien avec les propositions formulées par l'étude du Conseil d'Etat publiée le 25 juin 2018 sur La prise en compte du risque dans la décision publique, l'objectif étant de mieux préparer les décideurs publics à la gestion des risques, afin de les encourager à mener des politiques publiques audacieuses au nom de l'intérêt général; appel à des opérateurs extérieurs pour assurer certaines missions des ministères...), bâtir un nouveau contrat social entre l'administration et ses collaborateurs (assouplissement du statut, élargissement du recours au contrat de droit privé...), investir dans le numérique pour offrir un service public augmenté, plus efficient et qui réinvente ses relations avec les usagers (transformation des métiers par le numérique), assurer le dernier kilomètre du service public dans un monde numérique (expérimentation, mutualisation grâce aux maisons de services au public). Le Comité insiste sur la transformation nécessaire du service public : il serait indispensable de réduire le renoncement aux soins, améliorer l'espérance de vie et désengorger l'hôpital avec une espérance de 5 milliards d'euros d'économies ; retarder l'entrée dans la dépendance et mieux prendre en charge les personnes concernées ; simplifier la vie des personnes en situation de handicap et celle de leurs proches ; réduire les inégalités et placer la France dans les 10 meilleurs systèmes éducatifs mondiaux ; augmenter et améliorer l'accueil dans l'enseignement supérieur en différenciant l'offre ; rendre le demandeur d'emploi capable de construire sa recherche d'emploi ; se loger mieux à moindre coût ; simplifier les dispositifs sociaux au titre de la solidarité nationale et mieux accompagner ceux qui en ont le plus besoin ; réduire les délais de jugement (la réforme ayant déjà été largement engagée depuis la loi du 18 novembre 2016) ; assurer l'exécution de la totalité des peines d'emprisonnement ferme dans les délais, tout en supprimant la surpopulation carcérale (arrêt domiciliaire) ; simplifier et diminuer le coût du dispositif de recouvrement des prélèvements obligatoires ; aller vers une société zéro cash pour simplifier les paiements tout en luttant mieux contre la fraude fiscale ; concentrer l'offre audiovisuelle publique sur le soutien à la création et l'information. Enfin, le Comité s'attache à proposer des remises en cause pour éviter des dépenses publiques inutiles : supprimer les doublons et améliorer le partenariat entre l'Etat et les collectivités territoriales ; renforcer la cohérence de l'action publique territoriale (avec une modification de la carte des cours d'appel en lien avec celle des régions), mettre un terme à toutes les interventions publiques dont l'efficacité n'est pas démontrée, mutualiser davantage l'achat public et développer les externalisations, faire payer directement l'usager de certains services publics (principe de l'utilisateur/payeur par exemple dans les transports).
Tx.Pour lire le rapport, cliquez ici.
3. Une réforme des structures indispensable
La réforme s'accompagne d'une modification des structures. Ainsi le secrétariat général pour la modernisation de l'action publique disparaît. Le décret n° 2017-1584 du 20 novembre 2017 le remplace par deux directions : la direction interministérielle de la transformation publique, placée sous l'autorité du ministre en charge de la réforme de l'Etat, dirigée par un délégué interministériel (Thomas Cazenave, remplacé par Thierry Lambert en décembre 2019), et la direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication de l'Etat, placée sous l'autorité du ministre chargé du numérique et rattachée au secrétaire général du Gouvernement. Elle a été remplacée par la Direction Interministérielle du Numérique (DINUM) créée par le décret n° 2019-1088 du 25 octobre 2019. L'arrêté du 22 février 2018 porte organisation de la direction interministérielle de la transformation publique : elle comprend le service « Accélération des transformations » (il accompagne les administrations dans toutes les phases clés des actions et projets ministériels ou interministériels de transformation et de simplification prioritaires, définis notamment dans les plans de transformation ministériels et transversaux du programme « Action Publique 2022 », il assiste les services et établissements publics de l'Etat dans l'élaboration de leur stratégie de modernisation et dans la mise en œuvre de leurs projets de transformation), les départements « méthodes innovantes, sciences comportementales et écoute usagers » (il promeut l'innovation publique, dans le cadre du programme « Action publique 2022 », en développant une expertise en matière de sciences comportementales, de sciences sociales, de méthodes de conception de projets centrées sur les usagers, d'outils d'écoute et d'association des usagers, d'ateliers participatifs et de toute autre discipline susceptible d'avoir des bénéfices pour l'innovation publique), « performance des services publics, transformation managériale et transformation numérique » (il assure la mise en œuvre des projets portés par la direction, dans le cadre du programme « Action publique 2022 », en particulier dans les domaines de la simplification, de la qualité de service, de l'accueil et de la réduction de la charge administrative, notamment liés à la transformation numérique, en mobilisant les outils et moyens adaptés, il anime une offre de service à destination de l'encadrement en matière de formation à la transformation publique) et « pilotage du programme de transformation de l'action publique » (il assure le suivi du programme « Action publique 2022 » ainsi que la synthèse et la coordination des travaux conduits par la direction), les missions « communication » (elle élabore, propose et met en œuvre la stratégie de communication de la direction, dont elle promeut les actions, les métiers et les résultats ; elle anime, en liaison avec les autres administrations de l'Etat, les actions de communication dans le domaine de la transformation de l'action publique) et « soutien » (elle assure les missions de proximité, en lien avec le secrétariat général des ministères économiques et financiers, en matière de ressources humaines, de gestion du budget et des marchés, d'informatique et de logistique).
Le décret n° 2017-1586 institue un comité interministériel de la transformation publique, chargé de définir la politique du Gouvernement dans le domaine de la transformation publique et de s'assurer de son application (art. 1). Ce comité est placé sous la présidence du Premier ministre ou du ministre chargé de la réforme de l'Etat. Le délégué interministériel à la transformation publique, nommé par décret en conseil des ministres et placé sous l'autorité du Premier ministre, coordonne l'action des ministères en matière de transformation publique. Selon l'article 4 du décret :
Tx.« il veille à l'élaboration des mesures favorisant la transformation publique. Il soutient les travaux conduits par les administrations en vue de mesurer la performance des services publics et d'évaluer et de moderniser l'action publique, notamment afin d'améliorer le fonctionnement des services déconcentrés de l'Etat, le service rendu aux citoyens et aux usagers et de contribuer à la bonne gestion des deniers publics ».
Pour ce faire, il doit coordonner l'action des différents ministères et associer les agents publics, les usagers et les partenaires à cette œuvre de transformation. Le décret abroge le décret du 30 octobre 2012 qui avait créé le comité interministériel pour la modernisation de l'action publique.Cette démarche est ambitieuse, en ce qu'elle s'attaque enfin à une vraie revue des missions de l'Etat. Mais il va falloir un certain courage politique pour conclure que certaines missions peuvent être abandonnées, et d'autres cédées au secteur privé... Quant aux transferts de compétences entre Etat et collectivités territoriales ou entre collectivités publiques, cela risque d'entraîner l'adoption d'une nouvelle loi de décentralisation.
4. La poursuite d'Action Publique 2022 : les perspectives données par les différents comités interministériels de la transformation de l'Action Publique
Le troisième Comité interministériel de la transformation publique s'est tenu le 20 juin 2019. Il souhaite « amplifier les premiers résultats de la transformation de l'action publique » : ainsi un Grand débat national a été organisé à la suite de la crise des Gilets Jaunes ; plus de 1,5 millions de citoyens se sont exprimés pour demander plus de simplicité, plus de rapidité et plus de proximité. Les agents publics ont eux aussi été consultés. Le 3ème comité propose donc de placer les citoyens au cœur de l'action publique (les citoyens pourront par exemple accéder directement aux résultats de leurs services publics, chaque usager pourra donner son avis sur la démarche administrative en ligne qu'il vient d'effectuer ...) ; un service public numérique pour tout et pour tous sera assuré (la qualité des services publics sera mesurée et publiée dans le cadre d'un observatoire de la dématérialisation, qui deviendra Observatoire de la qualité des démarches en ligne ; accompagnement des personnes en difficulté avec le numérique grâce à un Pass numérique) ; le réseau territorial de l'Etat sera réorganisé et les administrations centrales, comme leur fonctionnement, seront transformées (Maisons France Services, déconcentration des décisions). Le Gouvernement a rendu public l'état d'avancement d'une quarantaine de réformes parmi les plus prioritaires.
Le Comité dresse un bilan de deux ans de transformation de l'action publique :
- un Etat plus proche (contribuer à l'amélioration de la qualité de services publics par la transparence des résultats de qualité de service ; changer la posture de l'administration, accompagner et conseiller avant de sanctionner par la mise en œuvre du droit à l'erreur dans l'ensemble des services publics, les usagers des services publics étant régulièrement interrogés pour s'assurer de la bonne mise en œuvre de ce droit ; reconstruire un service public de proximité avec les usagers et les agents publics) ;
- un Etat plus simple (amplifier la simplification normative ; expérimenter des dérogations aux règlementations ; accélérer la transformation numérique de l'Etat, avec en particulier la montée en puissance de FranceConnect, dispositif qui permet aux internautes de s'identifier sur un service en ligne par l'intermédiaire d'un compte existant) ;
- un Etat plus efficace (investir pour soutenir la transformation des services publics ; adapter le cadre RH aux exigences de souplesse ; refondre le cadre de gestion publique pour laisser plus de liberté et plus de responsabilité aux managers ; améliorer le cadre de travail des agents publics ; améliorer la gestion du parc immobilier de l'Etat ; suivre l'exécution et l'impact des réformes et arbitrer au plus haut niveau de l'Etat).
- Le premier axe est de réformer l'organisation territoriale de l'Etat pour permettre de répondre aux priorités du Gouvernement et déployer les maisons France Service pour aller vers un service public universel de proximité ; une circulaire du Premier ministre a défini l'offre de service et la méthode de ces maisons France Services (circulaire n° 6094/SG du 1er juillet 2019).
- Le deuxième axe est de réformer les ministères et les administrations centrales pour un fonctionnement plus efficace.
- Le troisième axe cherche à replacer les citoyens au cœur de l'action publique et de garantir les conditions d'une participation réelle et sincère des citoyens à la conception et au suivi des réformes ;
- Le quatrième axe porte sur un service public numérique pour tout et pour tous, en rendant disponibles d'ici 2022 par la voie numérique les 250 démarches "phares" les plus fréquemment utilisées par les Français et s'assurer de leur qualité (portail du justiciable à la fin 2019, création d'un Observatoire de la dématérialisation, développement des critères de qualité) ; accompagner les personnes les plus en difficulté avec le numérique, grâce à un Pass numérique et au dispositif Aidants Connect.
- Le cinquième et dernier axe prévoit de rendre compte de l'avancement des réformes et de leurs effets concrets sur les citoyens.
Le 4ème comité interministériel de la transformation de l'action publique s'est tenu en novembre 2019.
Il insiste à nouveau sur la nécessité d'un Etat plus simple et plus proche : la simplification du paysage administratif passe par la réduction du nombre de commissions consultatives et de structures rattachées aux administrations centrales ; il est indispensable de rapprocher les administrations des citoyens et des territoires.
Le 4ème comité préconise des modes de travail différents pour plus d'efficacité des politiques publiques :
- il faut donner plus de souplesse aux administrations pour s'organiser en développant une culture de la responsabilité et de la réactivité ;
- les agents doivent être mieux associés à la prise de décision et au suivi des réformes.
- Enfin, le numérique doit être au service de l'efficacité de l'action publique ; trois points sont ici déclinés :
- dématérialiser les services publics, vers une plus grande attention portée à la qualité et à l'accompagnement des usagers en difficulté ;
- améliorer les conditions de travail des agents avec de nouveaux outils numériques au service des administrations ;
- capitaliser sur les outils numériques pour améliorer l'efficacité des politiques publiques, le comité dressant un bilan à mi-mandat du fonds de transformation de l'action publique (v. M. de Montecler, « La dématérialisation des services publics doit s'adapter aux usagers », AJDA 2019, p. 76).
Il faut noter qu'a été nommé un ministre de la transformation et de la fonction publique (Madame Amélie de Montchalin) dans le Gouvernement du Premier ministre Jean Castex (nomination du 6 juillet 2020).
Le cinquième comité interministériel de la transformation de l'action publique (février 2021) définit quatre priorités : renforcer l'Etat dans les territoires ; établir dans les services de l'Etat une organisation collective moins rigide ; favoriser la transparence de l'action publique ; simplifier la vie des usagers de l'administration.
Dans cette perspective, le comité insiste sur :
- le renforcement des services de l'Etat dans les territoires :
Une feuille de route interministérielle est établie pour chaque préfet (de département ou de région); elle servira de base à leur évaluation. 2500 emplois doivent être créés dans les services départementaux de l'Etat. Les services déconcentrés disposeront d'une marge de manoeuvre plus importante en matière de gestion budgétaire et de RH. Ils accompagneront les grands projets sur les territoires. Le Gouvernement souhaite une plus grande responsabilisation des gestionnaires publics, le renforcement du télétravail (avec les moyens fournis aux agents); le souhait des pouvoirs publics est d'aller vers une administration sans papier. - la transparence et les simplifications :
Le 13 janvier 2021, la ministre de la transformation et de la fonction publiques avait lancé un baromètre en ligne pour suivre les principales réformes menées depuis trois ans. Ce baromètre sera complété par une mise à jour tous les trimestres avec le rajout dans ce baromètre, dès le mois d'avril 2021, de onze politiques prioritaires concernant en particulier : le dispositif MaPrimeRénov' ; la question du versement des pensions alimentaires impayées par le biais de la Caf ou de la MSA ; les collégiens bénéficiant du programme "devoirs faits" ; les jeunes engagés dans le cadre du service civique ; les surfaces cultivées en agriculture biologique ; les TPE et les PME ayant des aides à la numérisation par l'intermédiaire du plan de relance. Le partage de données entre administrations doit être facilité. Est prévue la simplification de 100 formulaires administratifs et de 10 démarches jugées trop complexes (par ex afin de numériser complètement la procédure de dépôt et de traitement des demandes de permis de construire et autres autorisations d'urbanisme dans les communes ayant plus de 3 500 habitants).
Le sixième comité interministériel de la transformation de l'action publique s'est tenu le 23 juillet 2021. 7 engagements ont été pris: fin de la baisse systématique des effectifs des services départementaux de l'administration territoriale de l'Etat ; priorité à la mise en œuvre de la réforme de l’organisation territoriale de l’État, en accélérant la convergence des systèmes d’information et des pratiques RH ; abondement de 40 millions d'euros du Fonds pour la transformation de l’action publique (FTAP) consacrés au renforcement de l’efficacité de l’État de proximité ; possibilité pour les préfets de redéployer jusqu'à 3 % des effectifs en fonction des priorités locales ; généralisation de l'évaluation sur la base des résultats pour les préfets et les directeurs régionaux ; administration plus proactive encouragée grâce au numérique et au partage des informations entre services publics ; déploiement complet du programme Services Publics + d’ici la fin 2021 pour améliorer l’efficacité des services publics en continu.
Le septième comité interministériel de la transformation de l'action publique s'est tenu le 9 mai 2023, principalement axé sur la refondation des services publics.
- L'objectif premier est de renforcer les services publics fondamentaux (justice, éducation et santé principalement) et de relancer une politique ambitieuse du numérique et de la donnée.
- Le deuxième objectif est d'assurer les fondamentaux des services publics : simplifier les démarches administratives en partant des moments clés de la vie (10 au total dont 5 améliorés d'ici la fin 2023) pour mieux répondre aux demandes prioritaires des Français ; pour ce faire, l’État souhaite agir sur la transformation des organisations, l’allègement des procédures, la qualité de l’information, la numérisation des tâches et l’utilisation des données. Il est également décidé de poursuivre le déploiement de France Services avec 2 750 points de contact d'ici fin 2023. Les 250 démarches essentielles en ligne feront l’objet d’un suivi renforcé pour garantir leur qualité et leur accessibilité avec un taux de satisfaction supérieur à 8 sur 10 avant l’été 2024. Un plan téléphonique exigeant sera déployé dans les services publics : les administrations investiront dans la qualité de l’accueil téléphonique pour permettre qu’un agent réponde 9 fois sur 10 lorsque l’usager ne souhaite pas passer par un serveur vocal. Enfin, le programme Services Publics+ devra être totalement déployé d'ici fin 2023 pour renforcer l'efficacité et la qualité des services publics (arrêté du 31 août 2023 portant création du label Services publics+). Dans chaque département, un sous-préfet référent sera chargé de la qualité et de l’accès aux services publics.
Le 8ème comité interministériel de la transformation de l'action publique s'est tenu le 23 avril 2024. affichant la volonté de débureaucratiser l'action publique pour des services publics plus proches, plus simples et plus humains. Le Premier ministre Gabriel Attal a insisté sur la simplification des démarches administratives, sur le renforcement des services publics sur le territoire et sur le rôle majeur du préfet comme pilote de l'organisation des services publics.
Il a détaillé 3 priorités et 18 engagements.
-
Priorité 1 : Mettre l'Intelligence artificielle et le numérique au service des Français
- Réhumaniser le service public grâce à l'intelligence artificielle
- Engagements :
- S’appuyer sur l’IA pour permettre aux agents de répondre plus rapidement et plus efficacement aux demandes des usagers, en ligne et aux guichets ;
- Doter les agents d’une intelligence artificielle conversationnelle.
- Engagements :
- Simplifier et sécuriser les démarches administratives avec le numérique
- Engagements :
- Généraliser le « Dites-le nous une fois » et l’administrative proactive pour supprimer des démarches ;
- Sécuriser les Français dans leurs démarches en reliant France Identité à FranceConnect et en ouvrant l’identité numérique aux mineurs.
- Engagements :
- Offrir le meilleur du numérique à nos agents
- Engagement : Former les agents publics au numérique tout au long de leur carrière.
- Réhumaniser le service public grâce à l'intelligence artificielle
-
Priorité 2 : Débureaucratiser à tous les étages
- Alléger les démarches administratives pour simplifier la vie des Français
- Engagements :
- Poursuivre l’approche de simplification par « moment de vie » autour de deux nouvelles priorités : « je deviens parent » et « je scolarise un enfant » ;
- Identifier 10 mesures de simplification dans chacun des principaux ministères et inscrire ces plans de simplification dans la durée ;
- Poursuivre la mise en œuvre du droit à l’erreur, qui ne doit pas rester un droit de papier dans les administrations, mais bien être un droit réel.
- Engagements :
- Supprimer les démarches superflues pour les Français comme pour les agents
- Engagements :
- Créer un guichet France simplification pour résoudre les situations administratives complexes remontées du terrain ;
- Supprimer les formulaires inutiles, simplifier et pré-remplir les formulaires restants, grâce notamment au « Dites-le nous une fois ».
- Engagements :
- Améliorer les conditions de travail, redonner du temps et faire confiance aux agents.
- Engagements :
- Lancer un nouveau programme d’excellence administrative dans les administrations pour redonner du temps aux agents ;
- Adapter les organisations de travail aux attentes des agents (semaine en 4 jours et horaires de travail alignés sur les horaires de bureau pour les personnels d’entretien) ;
- Supprimer les comités administratifs inutiles.
- Engagements :
- Alléger les démarches administratives pour simplifier la vie des Français
-
Priorité 3 : Ramener les services publics sur le terrain
- Garantir la qualité et un accès facile au service public, partout et pour tous
- Engagements :
- Engager chaque service public sur des cibles de qualité pour mieux satisfaire encore les usagers et publier en ligne leurs résultats de qualité de service ;
- Etendre le réseau France services aux villes moyennes pour les démarches du quotidien et déployer « Aidant connect » pour ceux qui en ont le plus besoin ;
- Accélérer la mise en œuvre du Plan téléphone dans les services publics pour que tous atteignent 85 % de taux de décroché.
- Engagements :
- Réarmer les territoires pour construire des solutions adaptées aux enjeux de terrain.
- Engagements :
- Renforcer le rôle du préfet comme pilote de l’organisation des services publics dans les territoires et remembrer la communication de l’Etat dans les territoires sous la coordination du Service d’information du Gouvernement afin que la communication sur l'action publique soit plus simple, claire et lisible ;
- Donner la main au niveau local en matière RH en déconcentrant 10 mesures de gestion dès l’été 2024 et en expérimentant un nouveau fonctionnement dans deux territoires pilotes.
- Engagements :
- Garantir la qualité et un accès facile au service public, partout et pour tous
5. Le bilan d'Action Publique 2022 : un rapport critique de la Cour des comptes
La Cour des comptes a rendu un rapport d'observations définitives sur la modernisation de l'Etat dans le cadre du programme Action Publique.
Comme le rappelle la Cour des comptes, cette démarche de modernisation articulait des enjeux de qualité de service, d'environnement de travail pour les agents et de baisse de la dépense publique, conduisant à une véritable rupture avec les programmes de modernisation antérieurs. L'ambition principale était de réinterroger le périmètre des missions de l'Etat, de clarifier la répartition des compétences entre les différents niveaux d'administration pour garantir des économies budgétaires.
Mais du fait de nombreuses crises, sanitaire puis sociales, l'ambition initiale a été laissée de côté; la coordination s'est montrée insuffisante dans un paysage administratif très morcelé ; ont été mises en place des Politiques Prioritaires du Gouvernement (PPG), déclinées en 150 chantiers centrés sur l'accessibilité numérique et territoriale des services publics, et la simplification des démarches autour de moments de vie. Ont donc été abandonnées toutes les questions relatives au périmètre des missions de l'Etat, à la répartition des compétences entre Etat et collectivités territoriales, à la maîtrise des finances publiques...
La Cour souhaite que soit définie une politique de modernisation plus ambitieuse et mieux articulée avec la politique budgétaire ; il serait nécessaire de :
- impliquer davantage les ministères dans les projets de transformation : encourager les projets ministériels de modernisation par une contractualisation de leurs objectifs et de leurs moyens ; se donner les moyens de respecter cette contractualisation ;
- rechercher l'efficience par une modernisation menée en continu : continuer à déployer des méthodes innovantes dans l'ensemble des administrations publiques ; rechercher en permanence les gains de productivité issus des processus de modernisation ; rechercher la transparence des résultats et la participation citoyenne comme leviers de transformation ;
- mieux articuler la modernisation avec la maîtrise budgétaire : associer objectifs budgétaires et objectifs de modernisation dans les revues des dépenses ; mobiliser, pour les revues des dépenses, la méthodologie innovante mise en oeuvre dans le cadre des politiques prioritaires du Gouvernement.
- Renforcer la mission de coordination interministérielle de la DITP ;
- Recentrer le financement des grands projets de transformation au sein du FTAP ;
- Clarifier le dispositif permettant aux préfets de redéployer leurs effectifs dans la limite de 3 % et son articulation avec le processus budgétaire et RH ;
- Pour les projets ministériels de modernisation, contractualiser les objectifs de retour sur investissement et moduler les moyens en cas de non-atteinte de ces objectifs ;
- Utiliser Pilote pour assurer le suivi des décisions de transformation prises à l'issue des revues de dépenses.
La balle est donc dans le camp du Gouvernement pour relancer la transformation de l'action publique !
§2. Modernisation et fonction publique
- 44 % appartiennent à la fonction publique de l’Etat,
- 35 % à la fonction publique territoriale,
- et 21 % à la fonction publique hospitalière.
Si des évolutions sont nécessaires pour moderniser la fonction publique (A), elles ne passent pas nécessairement par une privatisation totale ; la RGPP et la MAP ont tenté des réformes, alors que le Comité AP 2022 proposait des évolutions plus radicales (B).
A. Des évolutions nécessaires
Tx.Rapport du Conseil d’Etat, Perspectives pour la fonction publique (extraits, p. 320)
« Le fondement de la particularité est à rechercher dans ce qui est nécessaire à la puissance publique pour pouvoir exercer pleinement ses missions, qu’il s’agisse de ses responsabilités régaliennes classiques, en matière de sécurité, de défense, de justice, ou encore de contrôle et de régulation, ou de la gestion des services publics, et pour que ces missions puissent être remplies dans le respect des exigences du service public ; la particularité a pour objet en ce sens de garantir à tous les citoyens de la possibilité de bénéficier d’une administration intègre et impartiale, chargée d’assurer le fonctionnement continu du service public, son égal accès pour tous et son égale qualité sur tout le territoire, et à tous les agents, la possibilité d’assumer leurs missions dans le seul intérêt du service, sans s’exposer à des risques d’arbitraire, de favoritisme ou de vindicte ».
« Le fondement de la particularité est à rechercher dans ce qui est nécessaire à la puissance publique pour pouvoir exercer pleinement ses missions, qu’il s’agisse de ses responsabilités régaliennes classiques, en matière de sécurité, de défense, de justice, ou encore de contrôle et de régulation, ou de la gestion des services publics, et pour que ces missions puissent être remplies dans le respect des exigences du service public ; la particularité a pour objet en ce sens de garantir à tous les citoyens de la possibilité de bénéficier d’une administration intègre et impartiale, chargée d’assurer le fonctionnement continu du service public, son égal accès pour tous et son égale qualité sur tout le territoire, et à tous les agents, la possibilité d’assumer leurs missions dans le seul intérêt du service, sans s’exposer à des risques d’arbitraire, de favoritisme ou de vindicte ».
Le rapport préconisait un développement des accords collectifs au sein de la fonction publique, mais aussi le recours à des contrats individuels, comme compléments du statut du fonctionnaire ; selon la haute instance, il s’agirait « d’admettre que le régime juridique applicable à un fonctionnaire en position d’activité puisse découler à la fois de son statut et d’un contrat qu’il a lui-même négocié et conclu avec son autorité gestionnaire » (p. 343).
La structure en corps de fonctionnaires incite à la rigidité et à l’égalitarisme ; ces corps sont dotés de statuts particuliers (corps préfectoral, corps des conservateurs généraux de bibliothèques...), et tous les fonctionnaires qui appartiennent à un même corps sont traités de la même manière. Les corps sont encore très nombreux même si une politique de fusion a été entreprise depuis plusieurs années. Le nombre serait passé de 700 en 2005 à 327 en 2014, une pause ayant ensuite été instaurée. Plus radicalement, le rapport du Conseil d’Etat envisageait que le fonctionnaire puisse appartenir, non plus à un corps, mais à des cadres de fonctions ; ceux-ci seraient « déterminés à partir des grandes filières professionnelles nécessaires aux missions de l’Etat, et des niveaux de fonctions inhérents, dans chaque filière, à l’exercice de ces missions », l’objectif étant d’identifier environ 50 cadres de fonctions (Rapport précité, p. 348). La question des rémunérations est également très tributaire de l’organisation en corps de la fonction publique.
Les réformes menées ne sont pas toutes convaincantes.
B. Les réformes liées à la RGPP, à la MAP et à AP 2022
La RGPP, en posant le principe du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, avait fait miroiter une amélioration de la situation financière des agents publics ; l’Etat ayant moins de rémunérations à verser pourrait mieux rémunérer les fonctionnaires. Certains dispositifs ont été mis en place, mais sans véritable résultats. L’amélioration de la gestion des ressources humaines devait être un élément prioritaire, en insistant sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (Rapport IGF, IGA, IGAS, Bilan de la RGPP et conditions de réussite d’une nouvelle politique de réforme de l’Etat, septembre 2012). Quant au nombre de fonctionnaires réellement supprimés, les évaluations menées sont très nuancées. Si le nombre de fonctionnaires a fortement diminué entre 2005 et 2012 au niveau de l’Etat (environ 150 000), cette baisse est en réalité compensée par une augmentation significative du nombre de fonctionnaires présents au sein des opérateurs publics (agences en particulier ; v. Rapport d’information des travaux de la Mission d’Evaluation et de Contrôle sur l’évolution de la soutenabilité de la masse salariale dans la fonction publique, oct. 2011). La question du nombre de fonctionnaires a été au cœur des débats de l'élection présidentielle de 2017 : François Fillon souhaitait supprimer 500 000 fonctionnaires, avant de préciser qu'il voulait supprimer 500 000 agents, ce qui n'est certes pas tout à fait la même chose, mais qui représente un volume considérable, et selon certains, fort peu réaliste. Le candidat Emmanuel Macron, lui, envisageait la suppression de 120 000 fonctionnaires, dont 70 000 dans les collectivités territoriales. Ce dernier avait également préconisé, dans son projet, de mettre fin à la corrélation des augmentations de rémunération : il proposait ainsi que l'évolution du point d'indice dans la fonction publique de l'Etat n'entraîne pas automatiquement l'évolution du point d'indice dans la fonction publique territoriale ou hospitalière... Le risque est évidemment de freiner la mobilité.
La modernisation de la fonction publique, présentée ci-dessus, a amené une évaluation des politiques publiques, dont la fonction publique n’a évidemment pas été exclue. Il en ressort qu’une évaluation a été menée s’agissant de la mobilité des fonctionnaires , qui a conduit à plusieurs scénarios (4 sont présentés : le développement de la gestion des ressources humaines, le scénario du territoire (créer les conditions du développement d’un véritable espace de l’emploi public en y développant la mobilité au niveau local), le scénario des statuts, le scénario des métiers).
Dernière évolution en date en ce domaine, la réforme de la politique des ressources humaines et de la Direction générale de l'Administration et de la Fonction publique (DGAFP) par le décret n° 2016-1804 du 22 décembre 2016, entré en vigueur le 1er janvier 2017. Le texte confère à la DGAFP les missions de direction des ressources humaines de l'Etat ; il définit également la fonction de responsable ministériel des ressources humaines et détermine les instruments de la politique de ressources humaines de l'Etat (la stratégie interministérielle des ressources humaines, le comité de pilotage des ressources humaines de l'Etat, les plateformes d'appui interministériel à la gestion des ressources humaines et le schéma directeur des politiques de formation tout au long de la vie).
« Action Publique 2022 » s'intéresse aussi à l'évolution de la fonction publique. Comme cela a été présenté plus haut dans le rapport du Comité AP 2022 rendu public en juillet 2018, l'idée est de changer le cadre de la gestion publique. Il est proposé une nouvelle répartition des rôles entre le politique et l'administration, avec un mandat stable de 5 ans pour les managers pour qu'ils puissent rendre compte de leur bilan et non de celui de leur prédécesseur, contrats pluriannuels avec des objectifs et des moyens ; une autre idée serait de développer la pratique des lignes directrices plutôt que des normes contraignantes. L'assouplissement du statut n'est plus un thème tabou ... Un groupe de travail sur la fonction publique a été mis en place à l'Assemblée nationale en avril 2018. Il s'est donné un an pour soumettre des propositions au Gouvernement.
La loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique apporte un certain nombre d'évolutions, en poursuivant le rapprochement du droit de la fonction publique et du droit du travail. Les instances de participation sont réorganisées: les comités techniques et les comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail sont fusionnés au sein des comités sociaux d'administration dans la fonction publique de l'Etat (comités sociaux territoriaux pour la fonction publique territoriale, comités sociaux d'établissement pour la fonction publique hospitalière; voir décret n° 2021-571 du 10 mai 2021 sur leur création; décret n° 2020-1427 du 20 novembre 2020 sur les questions dont ils peuvent connaître). La loi s'inspire ainsi de l'ordonnance du 22 septembre 2017 qui avait fusionné les institutions représentatives du personnel au sein des entreprises de plus de 50 salariés (le comité social économique). Le rôle de ces comités est étendu. Les commissions administratives paritaires, de leur côté, voient leurs fonctions recentrées sur les décisions individuelles défavorables ou complexes (décret n° 2019-1265 du 29 novembre 2019; des lignes directrices de gestion doivent être établies par les administrations pour déterminer la stratégie pluriannuelle de pilotage des ressources humaines, pour fixer les orientations générales en matière de promotion et de valorisation des parcours (décret n° 2019-1265 du 29 novembre 2019 relatif aux lignes directrices de gestion et à l'évolution des attributions des commissions administratives paritaires) ... La loi de 2019 étend les possibilités de recours aux contractuels (décret n° 2019-1414 du 19 décembre 2019) ; un contrat de projet dans la fonction publique est prévu (décret n° 2020-172 du 27 février 2020) de même qu'un mécanisme de rupture conventionnelle des liens entre le fonctionnaire et son employeur public (décrets n° 2019-1593 et n° 2019-1596 du 31 décembre 2019).
Le Gouvernement, sur habilitation (la sixième !) donnée par l'article 55 de la loi du 6 août 2019, a enfin pris une ordonnance établissant la partie législative du code général de la fonction publique (ordonnance n° 2021-1574 du 24 novembre 2021, avec une entrée en vigueur au 1er mars 2022).
Le code est divisé en 8 livres (la présentation qui suit est issue du rapport au Président de la République sur cette ordonnance) :
- Le livre Ier (Droits, obligations et protections) définit les éléments définissant le cadre d'exercice des agents publics : les droits et libertés, les protections accordées aux agents publics, les obligations et la déontologie.
- Le livre II (Exercice du droit syndical et dialogue social) définit les éléments constitutifs du dialogue social ainsi que sa mise en œuvre (organismes consultatifs, négociation, exercice du droit syndical, rapport social unique).Le livre III (Recrutement) est consacré au recrutement des agents publics, fonctionnaires ou contractuels. Les emplois à la décision du Gouvernement et les emplois de direction des trois versants sont traités dans un titre qui leur est consacré, tout comme les autres modalités d'accès aux fonctions publiques, tels que les recrutements sans concours ou les modalités spécifiques d'accès réservés aux militaires ainsi que les modalités d'emploi des personnes en situation de handicap ou encore le recours aux contractuels.
- Le livre IV (Principes d'organisation et de gestion des ressources humaines) détaille les notions de corps, de cadres d'emplois, ainsi que de formation professionnelle des agents. Un titre est consacré au télétravail, un autre aux réorganisations de service et un dernier aux organismes assurant des missions de gestion tels que le Centre national de la fonction publique territoriale, les centres de gestion et le Centre national de gestion.
- Le livre V (Carrière et parcours professionnels) détaille les positions et mobilités, les modalités d'appréciation de la valeur professionnelle des agents ainsi que leurs possibilités d'avancement et de promotion. Le titre consacré à la discipline permet d'unifier les dispositions relatives aux sanctions disciplinaires dans les trois fonctions publiques. Il comprend également un titre consacré à la perte d'emploi).
- Le livre VI (Temps de travail et congés) permet de réunir de façon lisible toutes les dispositions relatives à ce thème, en particulier en matière de durée du travail et de congés.
- Le livre VII (Rémunération et action sociale) rassemble les dispositions relatives à la rémunération des agents publics. Les avantages divers (notamment les logements de fonction) et la prise en charge des frais de déplacement sont inclus dans ce livre. Sont également inclus les éléments relatifs à l'action sociale (objectifs, prestations et gestion).
A la fin de chaque livre, un titre rassemble les dispositions concernant les adaptations nécessaires pour l'outre-mer.
Une réforme très importante est intervenue s'agissant de la haute fonction publique (ordonnance n° 2021-702 du 2 juin 2021 portant réforme de l'encadrement supérieur de la fonction publique de l'Etat).
L'ordonnance supprime l'Ecole nationale d'administration et la remplace par l'Institut National du Service Public (INSP). Un nouveau corps interministériel des administrateurs de l'Etat est créé, ce qui entraîne la suppression des grands corps de fonctionnaires rattachés à certaines fonctions: le corps des préfets et des sous-préfets disparaît ainsi début 2023 (décret n° 2022-491 du 6 avril 2022), tout comme celui des diplomates (décret n° 2022-561 du 16 avril 2022 supprimant les corps des conseillers des affaires étrangères et celui des ministres plénipotentiaires). L’ordonnance supprime d'autres grands corps comme certains corps des inspections générales, notamment celles des finances, de l’administration et des affaires sociales. Les agents exerçant ces fonctions d’inspection générale seront recrutés, nommés et affectés de manière à garantir leur capacité à exercer leurs missions avec indépendance et impartialité, sans être régis par des statuts particuliers. C'est la fin de fonctions à vie... avec la question de l'expertise nécessaire pour occuper ce type de fonctions. De plus, il sera désormais impossible d'être nommé directement au Conseil d'Etat ou à l'Inspection des finances dès sa sortie de l'INSP. Il faudrait un temps de contrat avant d'intégrer de telles fonctions. La logique d'emploi commence ainsi à s'imposer dans la haute fonction publique.
Un projet de loi (présenté le 9 avril 2024) était à l'étude avant la dissolution de l'Assemblée nationale par décret du 9 juin 2024. Porté par le ministre Stanislas Guérini, il visait à faciliter l'accès à la fonction publique (professionnalisation des concours, harmonisation des modalités de concours sur titres existants avec allègement des épreuves, possibilité de titulariser les apprentis à la fin de leur contrat d'apprentissage), à fluidifier les mobilités (en particulier par le maintien de la rémunération), assurer la portabilité du CDI dans toutes les situations, à assouplir la promotion interne (entamée avec le décret du 26 décembre 2023), à mettre en place une réponse graduée des employeurs face à des agents faisant preuve d'insuffisance professionnelle, une nouvelle organisation des parcours de carrière, qui pourrait remettre en cause les catégories hiérarchiques A, B et C, qui sont, selon le ministre, « en décalage croissant avec les évolutions de l’emploi et des métiers », à développer la rémunération au mérite en matière individuelle (l'avancement d'échelon serait liée à la valeur professionnelle de l'agent) et collective (intéressement), enfin à mieux protéger les agents publics. Le parcours de ce texte a été stoppé par la dissolution, mais il avait soulevé l'hostilité des syndicats.
§3. Modernisation et finances publiques
Mais le Sénat s’est interrogé sur le fait que la LOLF puisse produire une modernisation des administrations publiques (Rapport d’information n° 272 (2005-2006), mars 2006). Selon ce rapport, la LOLF « oblige à formaliser les objectifs attachés à la gestion des crédits, à s'interroger sur la performance de l'action publique et laisse une liberté aux gestionnaires qui les incite davantage que par le passé à réaliser des économies, dès lors que celles-ci peuvent permettre de financer des projets plus prioritaires ». La LOLF a été considérée comme la nouvelle constitution financière de la France, en modernisant la gestion publique et en renforçant le rôle du Parlement en matière budgétaire ; elle a incontestablement renforcé l’approche managériale de la fonction publique (J. Abraham, F. Brillet, « LOLF : de l’esprit de la loi à l’émergence de nouveaux principes de GRH », Politiques et management publics, 2008, vol. 26/2, p. 30).
La LOLF est axée sur la performance des administrations publiques et tend à responsabiliser les gestionnaires. La lisibilité est effectivement au rendez-vous.
Il faut cependant noter une évolution importante réalisée par l'ordonnance n° 2022-408 du 23 mars 2022 relative au régime de responsabilité financière des gestionnaires publics. L'ordonnance crée un régime juridictionnel unifié de responsabilité des gestionnaires publics et des gestionnaires des organismes relevant du code de la Sécurité sociale, qui est entrée en application le 1er janvier 2023.
Le nouveau régime mis en place tend à sanctionner plus efficacement les gestionnaires publics qui, par une infraction aux règles d’exécution des recettes et des dépenses ou à la gestion des biens publics, ont commis une faute grave ayant causé un préjudice financier significatif ;
il souhaite limiter la sanction des fautes purement formelles ou procédurales qui relèveront d’une logique de responsabilité managériale ;
le texte va moderniser d’autres infractions dont sont actuellement passibles les justiciables de la Cour de discipline budgétaire et financière (CDBF), notamment la faute de gestion et l’avantage injustifié, ainsi que le régime spécifique de la gestion de fait. La juridiction en charge de la répression de ces fautes est la chambre du contentieux de la Cour des comptes, avec appel devant une cour d'appel financière et cassation devant le Conseil d'Etat. Les possibilités de signalement de faits délictueux sont élargies.