En 1945, la Sécurité sociale a été créée pour faire face aux risques liés à la maladie, à la vieillesse et aux accidents du travail, ainsi que pour répondre aux charges liées à l’arrivée d’enfants dans les familles. Or, est apparue la nouvelle prise en charge d'un risque : la perte d’autonomie ou la dépendance.
Les besoins d’aide à l’autonomie, qu’ils soient liés au handicap ou au grand âge, nécessitent des réponses adaptées des pouvoirs publics. Depuis la fin des années 1990, des mesures ont été adoptées afin de relever le défi de la dépendance : modernisation et médicalisation des établissements d’hébergement à partir de 1997, instauration de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) en 2002 et de la prestation de compensation du handicap (PCH) en 2005, ou encore création des Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH).
Les développements qui suivent ne cherchent pas à présenter l’ensemble des politiques publiques destinées à appréhender la dépendance. Il s’agit plutôt d’identifier les financeurs et les circuits de financement. On peut observer que les conséquences de la dépendance sont supportées par différents acteurs publics (section 1), dont l’un occupe une place tout à fait singulière : la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) créée en 2004 (section 2). A partir de 2020, a été lancé le réagencement du financement de la dépendance (section 3).
Section 1. La pluralité des acteurs impliqués dans le financement de la dépendance
En 2024, le montant des dépenses de protection sociale liées à la compensation de la perte d’autonomie atteint 95,6 Md€, dont 31,1 Md€ sont consacrés aux personnes âgées et 64,5 Md€ aux personnes en situation de handicap ou d’invalidité. Ces dépenses sont financées à la fois par l’État, les départements et la Sécurité sociale.
§1. Les dépenses de l’Etat en faveur du soutien à l’autonomie
Un peu moins d’un quart des dépenses liés à la dépendance est pris en charge par l’État (22,5 Md€ en 2024).
Les crédits de l’État consacrés au financement de la dépendance sont principalement retracés dans le programme 157 « Handicap et dépendance » de la mission « Solidarité, insertion et égalité des chances ».
Le programme « Handicap et dépendance » a pour objectif de permettre aux personnes handicapées et aux personnes âgées en perte d’autonomie de choisir librement leur mode de vie en leur facilitant l’accès au droit commun et en leur offrant des dispositifs adaptés à leurs besoins évalués de façon individualisée.
Le financement de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) représente 90 % des dépenses du programme « Handicap et dépendance ». Si l’AAH est matériellement versée par les caisses d’allocations familiales ou les caisses de mutualité sociale agricole, elle est en réalité à la charge financière de l’Etat.
L’allocation aux adultes handicapés (AAH) est attribuée aux personnes reconnues handicapées par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) et atteintes d’un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 % et, lorsque ce taux est inférieur à 80 %, présentant une restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi.
En vertu du décret du 26 avril 2022, le montant a été relevé à 919,86 € au 1er avril 2022.
Enfin, afin de tenir compte de la dynamique de l’inflation, la loi n° 2022-1158 du 16 août 2022 portant mesures d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat prévoit la revalorisation anticipée des prestations sociales portant l'AAH à 956,65 € dès le 1er juillet 2022
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L’article 10 de la loi n° 2022-1158 du 16 août 2022 portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat a prévu la déconjugalisation de l’AAH en excluant les ressources du conjoint de la base-ressource utilisée pour le calcul de son montant et en supprimant la majoration du plafond de ressources applicable aux couples. La déconjugalisation de l’AAH bénéficiera à 160 000 allocataires pour un gain moyen de 300 € par mois.
Le programme cofinance l'accompagnement dans l'emploi des personnes en situation de handicap.
Outre les crédits budgétaires, l’Etat prend en charge des dépenses fiscales importantes afin de soutenir le revenu des personnes handicapées, notamment lorsqu’elles sont engagées dans un parcours professionnel, et de compléter la compensation des surcoûts liés au handicap ou à la perte d’autonomie due à l’âge.
A compter du 1er janvier 2017, est organisé le transfert progressif vers la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) des moyens de fonctionnement des maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) jusque là à la charge de l’État et les établissements et services d’aide par le travail (ESAT), financés jusqu’en 2016 sur le programme 157, le seront sur les crédits de l’Assurance maladie.
Le rapport de la mission Vachey de septembre 2020 proposait d’intégrer l'AAH, l’aide au poste des ESAT, l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) et les crédits relatifs aux instituts nationaux pour jeunes sourds et jeunes aveugles au périmètre de la branche « Autonomie » nouvellement créée.
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2021 a transféré l'ASI à un fonds de financement de l'allocation supplémentaire d'invalidité créé au sein de la Caisse nationale de l'Assurance maladie (CNAM). L’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) vise à compléter les ressources des bénéficiaires d’une pension d’invalidité ou d’un avantage vieillesse s’ils sont atteints d’une invalidité générale réduisant leur capacité de travail ou de gain d’au moins deux tiers.
§2. Les dépenses des départements en faveur du soutien à l'autonomie
Depuis l’acte I de la décentralisation, les départements exercent une compétence générale en matière de prestations légales d’aide sociale sous réserve des compétences exercées par l’État (articles L. 121-1 et L. 121-7 du Code de l'action sociale et des familles).
Les dépenses des départements représentent environ 15 % (soit 13,4 Md€ en 2024) de l’ensemble des dépenses publiques destinées à compenser la perte d’autonomie. Ces dépenses ont connu une forte progression en raison des compétences transférées aux départements.
Les départements gèrent plusieurs prestations à destination de la population âgée et handicapée : l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) destinée aux personnes âgées, l’aide sociale à l’hébergement (ASH) dans le cadre d’un accueil en établissement, la prestation de compensation du handicap (PCH) et l’aide ménagère départementale.
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Créée par la loi n°
L'Aide sociale à l'hébergement (ASH) vise à prendre en charge les frais d'hébergement des personnes âgées de plus de soixante-cinq ans accueillis en établissements médicosociaux qui ne peuvent pas faire face à ces frais.
La prestation de compensation du handicap (PCH) est une prestation permettant la prise en charge de certaines dépenses liées à la perte d'autonomie des personnes handicapées. C'est une aide personnalisée, modulable en fonction des besoins de chaque bénéficiaire : elle peut couvrir les aides humaines, aides matérielles (aménagement du logement et du véhicule) aides animalières. Il est possible de bénéficier de la PCH à domicile ou en établissement à condition de rencontrer pendant au moins un an : une difficulté absolue pour la réalisation d'une activité (mobilité, entretien personnel, communication, tâches et exigences générales et relations avec autrui) ou une difficulté grave pour la réalisation d'au moins deux de ces activités. En principe, l'âge limite pour demander la PCH est fixé à 60 ans.
Suite au remplacement en 2004 du FFAPA par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie aux départements (CNSA), le décret n° 2006-1816 du 23 décembre 2006 précise les dispositions relatives au concours au titre de l’allocation personnalisée d’autonomie réparti et versé par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie aux départements. Ainsi, l’enveloppe consacrée par la CNSA au financement de l’APA est répartie selon quatre critères pondérés : le nombre de personnes âgées de plus de 75 ans (50 %), les dépenses constatées d’APA (20 %), le potentiel fiscal (25 %) et le nombre de bénéficiaires du RSA dont les ressources sont inférieures à un montant forfaitaire (5 %). Pour chaque département, le montant attribué par la CNSA ne peut excéder celui de ses dépenses APA. Pour les départements qui supportent une charge particulièrement élevée de dépenses APA par rapport à leur potentiel fiscal, une mesure de péréquation est financée par ponction sur les compensations versées aux autres départements.
La loi n° du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a mis en place la prestation de compensation du handicap (PCH) qui remplace l’allocation compensatrice. La PCH est une prestation versée par les départements.
La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie participe au financement de la PCH dans les conditions prévues par l’article L.223-12 du Code de la Sécurité sociale. Les concours de la CNSA dépendent ainsi du nombre des bénéficiaires de la PCH, du nombre des bénéficiaires de pensions d’invalidité, de l’allocation adulte handicapé ou de l’allocation d'éducation spéciale, de la population adulte du département de moins de 60 ans ou du potentiel fiscal. Comme pour l’APA, un dispositif de péréquation est établi au bénéfice des départements qui subissent un niveau élevé de dépenses PCH au regard de leur potentiel fiscal.
Le tableau ci-dessous permet d’identifier la part des dépenses relatives à l’APA et à la PCH financées par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), le reste étant à la charge des départements. La part des dépenses financées par la CNSA a tendance à croître, tandis que la part des dépenses de PCH supportées par la CNSA diminue.
§3. Les dépenses de la Sécurité sociale en faveur du soutien à l'autonomie
La Sécurité sociale supporte 62 % des dépenses publiques liées à la dépendance (soit 59 Md€ en 2024).
La branche maladie contribue, au titre de l’objectif national des dépenses d’assurance maladie consacrées au secteur médico-social (ONDAM médico-social), aux dépenses en établissements et services pour personnes âgées ou handicapées (cf leçon n° 6).
La branche maladie finance également les pensions d’invalidité et les dépenses en unités de soins de longue durée (USLD).
La branche famille finance l’allocation de présence parentale (AJPP). Le rapport de la mission Vachey de septembre 2020 proposait de transférer l’allocation d’éducation d’un enfant handicapé (AEEH) à la branche « Autonomie ». En revanche, il proposait de maintenir l'AJPP dans le champ de la branche famille. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2021 a effectivement intégré au périmètre de la branche « Autonomie » le financement de l’allocation d’éducation d’un enfant handicapé (AEEH) jusque là pris en charge par la branche famille.
La branche Accident du travail et maladies professionnelles (AT-MP) contribue au titre des rentes d’incapacité permanente.
Surtout, la branche autonomie (cf. infra) :
- couvre les dépenses des établissements et services médico-sociaux (ESMS),
- concourt au financement par les départements de l’APA et de la PCH,
- concourt au financement des MDPH,
- finance des prestations en espèce telles que l’allocation d’éducation de l'enfant handicapé (AEEH).