Introduction
Dans le Code pénal de 1810, le législateur n'avait pas incriminé d'infractions boursières au sens strict. La loi du 3 décembre 1926 ébauche les premiers traits d'un droit pénal boursier en incriminant à l'article 419 ancien du Code pénal le fait de troubler les cours de la bourse par la diffusion de faits faux ou calomnieux, par des offres intentionnelles et malveillantes. Mais ce texte ne visait que l'action illicite sur le marché boursier par des dispositions très générales. En pratique, les poursuites étaient exceptionnelles. Le droit pénal boursier n'émerge véritablement qu'avec la création de la Commission des opérations de bourse (ordonnance n° 67-836 du 28 septembre 1967 codifiée aux articles L. 465-1 et suivants du Code monétaire et financier) qui devient l'organe de surveillance du marché boursier.
L'incrimination du délit d'initié résulte de la loi n° 70-1208 du 23 décembre 1970 (JO 24 décembre 1970, p. 11891), dont les dispositions ont été intégrées à l'ordonnance du 28 septembre 1967, relative à la Commission des opérations de bourse (codifiées dans le Code des marchés financiers). L'objectif de cette incrimination était de sanctionner ceux qui utilisaient les informations détenues de par leurs fonctions pour fausser le fonctionnement du marché boursier. L'article 10-1 (texte d'incrimination du délit d'initié) de l'ordonnance a été souvent modifié par le législateur. Ces réformes successives ont entraîné une extension du domaine de l'infraction et un alourdissement de la sanction pénale.
En savoir plus
Voir Gaillard E., « Le droit français des délits d'initié », JCP 1991, I, 3516 ; Pingel I., « Les opérations d'initié en droit communautaire », JCP 1991, I, 3515.
Il faut également signaler la directive communautaire du 13 novembre 1989, qui en s'inspirant de la définition du délit retenue en droit français, a pour but d'harmoniser les législations des pays membres de l'Union européenne. Le règlement de L'AMF a été modifié le 12 novembre 2004, à la suite de la transposition de la directive européenne « Abus de marché », ce qui a entraîné une modification de la définition du manquement d'initié.
La loi Sécurité quotidienne n° du 15 novembre 2001 a généralisé le domaine d'application du délit. L'objectif du législateur est de sanctionner les agissements qui portent atteinte à la transparence du marché et à l'égalité des investisseurs.
La dernière modification de l'infraction résulte de la loi n° du 21 juin 2016 réformant le système de répression des abus de marché. Cette loi a créé une nouvelle infraction, la recommandation ou l'incitation à l'opération d'initié.
Ainsi, l'étude des infractions boursières suppose de distinguer l'infraction principale qui est le délit d'initié (section 1), des infractions complémentaires à savoir la communication d'information privilégiée (section 2) et la recommandation du délit d'initié (section 3) ; pour ensuite mettre en évidence les particularités de la poursuite dans la mesure où cette dernière a été également réformée par la loi de 2016 (section 4).