Section 1. Introduction
Les affaires et le droit pénal ne se sont jamais ignorés, mais historiquement, leur rencontre n'était qu'occasionnelle, car le Code pénal ne contenait que peu d'infractions relatives au commerce.
Rq.Dans les cours de droit des affaires, les enseignants ont toujours exposé quelques sanctions pénales qui punissaient celui qui ne pratiquait pas des affaires régulières. Mais le Code pénal ne contenait que peu d'infractions relatives au commerce, ces sanctions demeuraient l'exception réservées au commerçant malhonnête.
Le rôle du droit pénal était très limité en matière commerciale, ce qui se justifiait aisément dans un contexte de libéralisme économique. Il appartenait à la loi pénale de veiller au respect d'un ordre public de protection, qui ne justifiait pas une intervention très large de la loi pénale. La loi pénale ne devait pas être trop présente afin de ne pas entraver le dynamisme des entreprises et leur nécessaire liberté. Il appartenait au droit pénal de distinguer entre l'habileté permise et même recommandée dans le monde des affaires, et la malhonnêteté manifeste qui doit être sanctionnée.
Cette situation perdura jusque dans les années 1920. Au lendemain de la 1ère guerre mondiale, la conjonction d'une crise économique très grave due aux conséquences du conflit et la multiplication des scandales financiers, ont entraîné un bouleversement dans la conception économique et dans le rôle du droit pénal qui est devenu un instrument de la politique économique interventionniste. La politique d'économie dirigée se traduit par un interventionnisme accru de l'Etat et par un renforcement de la sanction pénale.
A partir des années 1930, l'Etat français se lance dans une politique de dirigisme économique, qui conduit à la mise en oeuvre d'un ordre public de direction, et à l'avènement d'un droit pénal autoritaire.
Ainsi s'élabore progressivement un droit pénal qui a pour vocation de contrôler l'économie, le commerce, la concurrence, les prix... les affaires en général.
Ce droit pénal va se constituer par étapes successives constituant finalement un ensemble homogène révélant toujours plus l'encadrement de l'économie par l'Etat. La législation dans un souci d'efficacité étant toujours assortie de sanctions pénales.
| 1ère ÉTAPE : L'ÉTAPE FINANCIÈRE | 1935 : Apparition de la notion de droit pénal financier et de droit pénal des sociétés. Vote de textes très importants.
|
| 2ème ÉTAPE : L'ÉTAPE ÉCONOMIQUE | 1945 : apparition du droit pénal économique. Deux ordonnances du 30 juin 1945 sur les prix et la législation économique : régime administratif de fixation des prix ce qui entraîne une multiplications des infractions et des règles d'encadrement de la concurrence : ententes, abus de positions dominante, pratiques discriminatoires. |
| 3ème ÉTAPE : L'ÉTAPE SOCIALE | 1958 : Pénalisation de la législation sur la sécurité sociale (Décret du 27 septembre 1958). 1959 : Ordonnances du 7 janvier 1959 relatives aux infractions en droit du travail. |
| 4ème ÉTAPE : LA | Cette loi consacre tout un volet pénal aux infractions commises dans le cadre des sociétés commerciales. Le titre II correspond à 150 articles (de l'infraction la plus grave à la moins grave). |
Depuis le retour du libéralisme économique, la place du droit pénal n'a guère reculé - à l'exception de certains secteurs tels que par exemple, le chèque, la concurrence le droit des sociétés - et aujourd'hui quasiment tous les secteurs du droit des affaires sont infiltrés par le droit pénal (droit commercial, droit des entreprises en difficulté, droit des sociétés, droit fiscal, droit de la consommation, droit de l'environnement...). Le législateur ayant très souvent un réflexe pénalisant dans un souci d'effectivité de la norme juridique, le domaine du droit pénal des affaires ne cesse de s'étendre. Cependant dans un souci de relance de l'initiative économique, un rapport a été demandé par le Garde des Sceaux afin de réfléchir à une dépénalisation du droit des affaires. Ce rapport dit « Rapport Coulon », a été remis au ministre de la justice au début de l'année 2008 et devait déboucher sur une réforme du droit pénal des affaires. La ligne directrice de cette réforme était de dépénaliser les comportements les moins graves et de remplacer la sanction pénale par une sanction civile, pour recentrer le droit pénal sur la répression des agissements frauduleux qui méritent la sanction la plus lourde. Cependant, la crise économique et financière a stoppé les réformes d’ampleur en matière pénale, et ainsi les propositions du rapport Coulon n’ont pas été suivies d’effet.
Rq.Compte tenu des évolutions de la criminalité d'affaires qui s'est profondément transformée depuis quelques années, les dernières modifications législatives vont toutes dans le sens d'un élargissement du champ d'application des infractions et d'un renforcement des sanctions pénales , ce qui se justifie dans un contexte économique soumis à des fortes turbulences.D'une criminalité de commerçants, de dirigeants de sociétés, la criminalité d'affaires s'est progressivement organisée, internationalisée et intéressant fortement les organisations criminelles. L'Etat a donc du adapter ses moyens de lutte à cette nouvelle forme de délinquance beaucoup plus grave, structurée et internationalisée.
Ainsi s'est constituée une branche du droit qui ne cesse de se développer sous l'influence du développement de la délinquance d'affaires. Cette discipline réunit l'ensemble des règles élaborées par l'Etat pour réglementer la vie des affaires.
Deux questions se posent aujourd'hui relativement à ce droit pénal des affaires :
|