La qualité d'Etat membre de l'Union européenne (UE) implique que les droits nationaux respectent un certain nombre de normes plus ou moins contraignantes édictées à l'échelon de l'Union.
Il faut d'abord brièvement rappeler qu'en elle-même cette appartenance a des implications financières nationales non négligeables, puisque chaque Etat doit contribuer financièrement au fonctionnement de l'Union (Cf. Les ressources de l'Union européenne) ; parallèlement, cette dernière participe au financement d'actions nationales, notamment dans le cadre des objectifs de compétitivité et de cohésion économiques définis périodiquement par l'Union (Cf. Les dépenses de l'Union européenne).
Cela étant, en matière de finances publiques, ce sont plus particulièrement les règles qui organisent la monnaie unique européenne dans le cadre de l'Union économique et monétaire (UEM) qui vont encadrer les finances publiques des Etats. Certes, ce cadre normatif n'a pas nécessairement vocation à se substituer aux règles nationales, mais ces dernières doivent néanmoins être compatibles ; en outre, les politiques économiques et monétaires définies au niveau de l'Union s'imposent aux Etats membres.
L'une des thèses en présence se réfère à la discipline économique, financière et monétaire inhérente à la mise en place de la monnaie unique européenne : considérant que les Etats concernés sont désormais contraints de se plier à ces normes supra-étatiques, les tenants de cette thèse en déduisent qu'il y aurait là une lourde atteinte à leur souveraineté budgétaire.
La thèse adverse se fonde sur deux arguments : d'une part, la souveraineté étant indivisible, ce ne sont donc que certaines des compétences qui la composent qui se trouvent atténuées ; d'autre part, la réduction – par ailleurs incontestable – de certaines de ces compétences découle d'un processus délibérément accepté par les Etats, lesquels ont sciemment ratifié les normes édictées par l'union à laquelle ils ont volontairement adhéré. Dès lors, il s'agirait d'un "transfert de compétences", et non d'une "perte de souveraineté".
L'Union économique et monétaire impose aux Etats membres une discipline budgétaire et financière rigoureuse. Ces obligations ont été initialement introduites par le Traité de Maastricht en 1992, puis renforcées par le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) en 1997. Elles ont maintes fois été adaptées depuis, et continuent à évoluer aujourd'hui. Signé en 2012, le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l'UEM (TSCG), qui se situe actuellement en dehors de l'ordre juridique de l'Union, introduit de nouvelles contraintes pour les Etats parties.
Cf. Section 3 - § 2 - C (in fine).
L'étude du long processus qui a conduit à l'adoption d'une monnaie unique pour l'Europe est indispensable à la compréhension des obstacles que l'UEM a pu – et peut encore – rencontrer. Elle éclaire en outre sur les étapes de cette démarche politique et juridique.
Section 1. La lente marche vers une monnaie unique
En 1957, à la signature du Traité de Rome, il n'allait pas de soi pour les six Etats fondateurs que la Communauté économique européenne qu'ils instauraient les conduirait un jour à la mise en place d'une monnaie unique. Cette dernière est le fruit d'une lente évolution qui s'est dessinée au fil de l'intégration économique, mais qui a parallèlement suscité beaucoup d'interrogations.
§1. Les fondements et les enjeux d'une monnaie unique pour l'Europe
L'existence d'une monnaie unique n'est pas, juridiquement et financièrement, indispensable à une union économique entre Etats. Les exemples sont en effet nombreux d'unions économiques dont le fonctionnement n'est pas notablement affecté par la coexistence des monnaies nationales de chacun de leurs Etats membres ; à l'inverse, d'autres expériences démontrent qu'une monnaie "unique" peut ne pas suffire à faire prospérer une union économique, voire peut la mener à sa perte.
Les fondements et les enjeux d'une monnaie unique sont donc à apprécier à la lumière du contexte dans lequel elle est appelée à intervenir. En Europe, les multiples questions qui se sont posées relativement à l'instauration d'une union monétaire venant en soutien de l'union économique doivent être examinées respectivement à l'échelon de l'Union et à celui des Etats : leurs attentes et leurs craintes respectives peuvent évidemment diverger.
A. Pour l'Union européenne
Le seul fait que la question ait pu être posée assez rapidement après l'entrée en vigueur du traité de Rome atteste de son intérêt : une union monétaire pouvait en effet constituer un moyen susceptible de remédier à certaines carences – ou du moins à certaines insuffisances – d'une politique économique en cours d'affermissement. Il suffit de rappeler à cet égard que le titre II de la troisième partie du traité de Rome instituant la Communauté économique européenne (CEE) concernait "la politique économique", et que son article 107 disposait que « chaque Etat membre traite sa politique en matière de taux de change (entre les monnaies nationales) comme un problème d'intérêt commun ». On est certes très loin, à cette époque, de prévoir l'instauration d'une monnaie unique, mais la question était déjà sous-jacente, et ses lourdes implications ont été régulièrement examinées par la suite.
Diverses études menées par les instances communautaires elles-mêmes ont ainsi fait ressortir qu'une monnaie unique pourrait permettre à l'Europe d'atteindre trois objectifs :
- parfaire la réalisation du marché intérieur,
- assurer la comparabilité des coûts et des prix,
- renforcer la stabilité monétaire et la puissance financière de l'Europe.
En éliminant les fluctuations des taux de change, l'usage d'une même monnaie par plusieurs Etats a en effet pour conséquence immédiate de mettre fin à la spéculation entre leurs monnaies nationales : une monnaie unique est donc censée lever toute incertitude relative aux opérations de change et aux prix, tant pour les consommateurs que pour les entreprises. L'Europe peut alors légitimement en attendre une amplification des effets de ses politiques internes, en matière de cohésion économique et sociale plus particulièrement.
Par-delà ces attentes intra-communautaires, l'affirmation d'un véritable pouvoir monétaire, compétitif sur la scène internationale, constitue pour l'Europe une aspiration primordiale dans un contexte où l'interdépendance des économies est croissante.
B. Pour les Etats membres
Ils sont, quant à eux, placés face à de légitimes contradictions internes, qui mettent inévitablement en balance les bienfaits attendus d'une monnaie unique et les inconvénients redoutés d'une atténuation de certains de leurs pouvoirs (que cette atténuation soit par ailleurs analysée comme une "perte de souveraineté" ou comme un "transfert de compétences").
Pour les Etats, la monnaie a de tout temps constitué un symbole de leur puissance, notamment sur la scène internationale.
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[Extraits d'une " étude de J. Messiha ", publiée par la Faculté de Sciences économiques de l'Université de Poitiers]
« Historiquement, l’histoire de la monnaie se confond avec un processus qui mêle confiance et croyance, c’est-à-dire d’adhésion d’une communauté donnée à un consensus sur la valeur et le rôle que jouera cette monnaie pour régler les transactions quotidiennes de ses membres. Ce fut le bétail qui, chez les peuples pasteurs, devint la monnaie habituelle. (…)
Divers auteurs … attribuent au mot « pecus » qui désigne le bétail, l’origine du mot « pecunia », servant à désigner la monnaie. Plus tard encore l’usage prévalut dans toutes les sociétés civilisées de réserver le caractère monétaire à certains métaux dits métaux précieux : le cuivre d’abord, puis l’argent et l’or. La monnaie métallique devait d’ailleurs subir, au cours des temps, de multiples transformations. Le métal fut d’abord employé en lingots irréguliers qu’il fallait peser et dont on devait éprouver la composition pour en déterminer la valeur. La vente d’or ou d’argent imposait d’ailleurs souvent la pesée du métal en présence de témoins. C’est dire que même lorsque la monnaie avait de la valeur en elle-même, elle n’en requérait pas moins des mécanismes créateurs de confiance (pesée, recours aux témoins, etc.). (…) De bonne heure l’autorité publique intervint pour certifier le titre du métal, sa composition chimique.
Pour prévenir les dangers d’altération matérielle de cette monnaie par soustraction d’une partie de sa substance métallique, on dut multiplier les empreintes officielles et ce fut ainsi qu’on fut amené finalement à donner à la monnaie la forme de rondelles aplaties ou « pièces » qu’elle revêt jusqu’à aujourd’hui.
Là ne devait pas s’arrêter au surplus l’évolution historique de la monnaie. De ce que l’Etat pouvait efficacement, en certifiant la valeur du métal, donner au lingot le caractère de monnaie, on devait assez facilement être conduit à penser qu’il pourrait, par une affirmation de même nature, conférer la qualité monétaire à une marchandise quelconque, la valeur propre de cette marchandise fut-elle minime. Et de là est né le papier monnaie qui, en dehors de toute représentation métallique, a la prétention de se maintenir dans la circulation par la seule valeur qu’il doit à l’affirmation, c’est-à-dire à la volonté de l’Etat. (…)
Ainsi donc et comme toutes les sciences sociales le reconnaissent à des degrés divers, la monnaie n’est pas seulement une marchandise tirant sa valeur de la substance même qui la constitue ; c’est aussi et surtout un signe de valeur. En clair, à côté de la valeur réelle tenant à la nature même de la marchandise choisie comme monnaie, il y a la valeur monétaire, la valeur nominale et celle-ci résulterait exclusivement de la frappe, c’est-à-dire de la volonté de l’Etat manifestée par le sceau apposé sur la monnaie. Ce qui fait, alors, qu’une monnaie circule avec la valeur que lui attribue la frappe, c’est qu’elle inspire confiance.
(…) L’Etat est donc à l’origine de la confiance qu’ont les agents dans les monnaies modernes. Cette délégation de pouvoir vers l’Etat est le fruit d’un long processus : l’Etat devient l’agent suprême qui cristallise la confiance que les agents ont les uns envers les autres ... ».
En outre, et par voie de conséquence, la monnaie est symbole de l'identité des Etats. Cette considération générale prend d'ailleurs une importance toute particulière pour la France, qui, depuis des siècles, a une monnaie, le "franc", qui porte – fortuitement ? – un nom à la phonétique très proche.
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Le 19 septembre 1356, à quelques kilomètres de Poitiers, le Roi Jean Le Bon est fait prisonnier par les Anglais. Il ne peut regagner la France qu'après plus de trois années de captivité, et contre la promesse d'une rançon qui permettra de le rendre "franc" (au sens d'affranchir, rendre libre).
Mais pour acquitter cette rançon, et alors que les caisses de l'Etat sont vides, le Roi doit créer une nouvelle monnaie, et, pour ce faire, signer, le 5 décembre 1360, à Compiègne, une ordonnance fiscale et monétaire qui précise notamment :
« …… Nous avons ordené & ordenons que le Denier d'Or fin que Nous faifonz faire à prefent & entendonz à faire continuer, fera appellé Franc d'Or … ».
Ainsi, le "franc" est né ; cependant, cette dénomination alternera par la suite avec l'"écu" et le "louis", pour ne réapparaître de manière pérenne qu'à la Révolution française.
Toutefois, au-delà de ces références symboliques mais sans pour autant en nier l'impact, c'est surtout en termes d'affaiblissement de la maîtrise de leurs politiques monétaires nationales que les Etats sont tentés de raisonner.
- En premier lieu, l'existence d'une monnaie unique paraît impliquer la mise en place d'une structure supra-étatique qui aurait pour fonction, au minimum, d'harmoniser les politiques monétaires des Etats. Dès lors, leurs banques centrales respectives en seraient inévitablement affaiblies dans leur rôle traditionnel de soutien aux politiques budgétaires nationales. Ceci aurait pour effet de limiter le recours des Etats à des stratégies monétaires jusque-là largement utilisées.
- En second lieu, l'adoption d'une monnaie unique suppose que soit préalablement réalisée une réelle coordination des politiques économiques des Etats concernés. Ces derniers peuvent alors craindre que cette exigence vienne neutraliser certains des leviers essentiels de leurs stratégies budgétaires interventionnistes : elle pourrait en limiter les moyens et en minorer les effets, au-delà des limitations à ces stratégies qui découlent déjà de certains principes généraux du droit de l'Union européenne (notamment en matière de concurrence et d'aides d'Etat).
Sur ces questions, il est important de remarquer que bon nombre d'économistes considèrent que divers mécanismes, autres que la maîtrise des taux de change et des politiques budgétaire et monétaire nationales, peuvent également permettre aux Etats de jouer efficacement sur leur équilibre économique ; mais ces arguments ne suffisent pas toujours à atténuer les réticences de la plupart des Etats.
Quoi qu'il en soit, l'approfondissement de l'intégration économique a conduit les instances européennes à engager une réflexion plus poussée sur ces questions.
§2. Du rapport Werner au rapport Delors
Lors de la signature du traité de Rome, les six États fondateurs de la CEE participaient au "système de Bretton Woods". Cet accord monétaire international, signé le 22 juillet 1944, visait notamment à se prémunir contre les effets néfastes de certaines dévaluations, à défaut de pouvoir revenir à l'étalon or. Dans ce cadre, le dollar américain constitue la monnaie internationale de référence : lui seul est défini en or, et les monnaies des autres Etats sont, elles, définies en dollar, avec un taux de change fixe mais éventuellement ajustable. Un système de taux de change propre à la CEE était donc superflu à cette époque. Mais en 1971 la convertibilité du dollar en or est abandonnée. La question des valeurs de change entre les monnaies nationales des Etats membres de la CEE reprend alors toute son acuité. Plusieurs hypothèses et tentatives de réponses seront successivement retenues.
A. Le rapport Werner
A un moment où des signes de la fin du système de Bretton Woods étaient déjà perceptibles, les Etats membres de la CEE ont envisagé la mise en place d'un mécanisme susceptible d'assurer la stabilité de leurs différentes monnaies à l'échelon de l'Europe. Dès le sommet de La Haye, en 1969, considérant que la Communauté est « parvenue à un tournant de son histoire », ils décident qu' « un plan par étapes sera élaboré au cours de l’année 1970 en vue de la création d’une union économique et monétaire ». Ils demandent alors à Pierre Werner, premier ministre du Luxembourg, de prendre la tête d'un comité d'experts financiers ayant pour mission d'en étudier les conditions.
Le est rendu public le 8 octobre 1970. Il préconise effectivement la réalisation de "l'union économique et monétaire dans la Communauté", et ce en trois étapes qui s'étaleraient sur une période de 10 ans, se conformant en cela à l'objectif 1980 qui avait été retenu à La Haye. Le renforcement de la coordination des politiques économiques et budgétaires des Etats membres et la libération totale des mouvements de capitaux doivent permettre à terme une convertibilité totale et irréversible des monnaies. Le rapport Werner prône par ailleurs la mise en place d'un centre unique de décision pour la politique économique, et d'un système communautaire des banques centrales.
Plusieurs décisions ont été adoptées dans le prolongement immédiat de ce rapport (notamment les résolutions du Conseil du 22 mars 1971 et du 21 mars 1972). Mais divers évènements affectant la conjoncture internationale ont finalement contribué à en laisser en sommeil la plupart des préconisations, particulièrement en matière monétaire. Outre ces éléments, on peut aussi penser qu'à l'époque certaines implications d'une union monétaire ont probablement pu paraître prématurées à des Etats encore très réticents à toute idée de "supranationalité".
B. Du serpent monétaire européen au système monétaire européen
Le 10 avril 1972, dans la foulée de la résolution du Conseil du 21 mars 1972 précitée, l'accord de Bâle crée le serpent monétaire européen (SME), généralement considéré comme un pis-aller au rapport Werner. Il s'agit pourtant d'un mécanisme qui vise doublement à réduire les marges de fluctuations : d'une part entre les monnaies des Etats membres de la CEE (elles ne peuvent s'écarter de plus de 2,25 % d'une parité fixe), d'autre part entre ces monnaies et le dollar (les fluctuations sont plafonnées à 4,5 %). Mais cette tentative d'instaurer des rapports stables entre les monnaies européennes n'a pas résisté aux effets combinés de l'instabilité des cours des changes à l'échelon mondial (consécutivement à l'effondrement du système de Bretton Woods) et du premier choc pétrolier. En outre, il était possible pour les Etats d'entrer dans ce SME et d'en sortir quasiment à leur gré : cela permettait de ménager leurs réticences précédemment évoquées, puisqu'ils conservaient ainsi une certaine maîtrise de leur monnaie nationale ; mais cette faculté a en réalité abouti à ôter efficacité et crédibilité à ce mécanisme. Son abandon rapide concrétise par ailleurs la fin de toute référence aux travaux de Pierre Werner.
La CEE doit malgré tout s'efforcer de maintenir – voire de renforcer – une certaine cohérence monétaire. Au sommet de Brême (6/7 juillet 1978), la volonté d'une nouvelle relance de la coopération monétaire en Europe est affirmée. Quelques mois plus tard, au sommet de Bruxelles (4/5 décembre 1978), la création d'un système monétaire européen ("SME" : on peut noter ici que l'acronyme du Serpent Monétaire Européen est conservé) est décidée ; il entrera en vigueur le 13 mars 1979. Cette initiative du "couple franco-allemand" Valéry Giscard d'Estaing / Helmut Schmidt vise de nouveau à établir une zone de stabilité monétaire en Europe, mais sensiblement renforcée par rapport au mécanisme précédent : les marges de fluctuation des monnaies nationales sont toujours encadrées, mais cette fois-ci à partir d'une unité de compte commune, l'ECU (european currency unit), et de cours pivots bilatéraux. En outre, deux caractéristiques du SME vont avoir des implications déterminantes : d'une part, l'adhésion d'un Etat à ce système n'est pas obligatoire (ainsi, le Royaume Uni a choisi de rester à l'écart) mais elle est en principe pérenne ; d'autre part, les banques centrales des Etats se voient attribuer des pouvoirs de régulation, lors d'éventuelles fluctuations intempestives.
Ce système a montré une efficacité qui, bien que relative sur certains points, n'est pas contestée. Il a constitué un tremplin incontestable vers la monnaie unique. En témoigne d'ailleurs le fait qu'un mécanisme de taux de change assez comparable perdure aujourd'hui, notamment pour encadrer les monnaies des Etats membres de l'Union européenne qui n'ont pas adopté l'euro : le MCE II .
Pour autant, il ne s'agit toujours que de mesures palliatives et fragmentaires, qui ne sauraient indéfiniment satisfaire à la nécessité d'instaurer une véritable union monétaire à l'appui de l'union économique de l'Europe.
C. Le rapport Delors
En 1986, en adoptant l'Acte unique européen, les Etats membres de la CEE évoquent explicitement les « expériences acquises grâce à la coopération dans le cadre du système monétaire européen et grâce au développement de l'Ecu ». Ils y réaffirment de surcroît que « la convergence des politiques économiques et monétaires (est) nécessaire pour le développement ultérieur de la Communauté ».
Il faut cependant attendre juin 1988 et le Conseil européen de Hanovre pour que soit expressément précisé qu' « en adoptant l'acte unique européen, les Etats membres ont confirmé l'objectif de réalisation progressive d'une union économique et monétaire ». Ces intentions y sont d'ailleurs immédiatement concrétisées, puisque les chefs d'Etat et de gouvernement décident de « confier à un comité la mission d'étudier et de proposer les étapes concrètes devant mener à cette union ». Ce comité d'experts, parmi lesquels figurent les gouverneurs des banques centrales des Etats, est présidé par Jacques Delors, alors président de la Commission européenne. Conscients en outre qu'il devient indispensable d'agir rapidement, ils se fixent l'échéance du Conseil européen de Madrid, prévu en juin 1989, pour examiner les moyens de parvenir à cette union.
Leest rendu public le 12 avril 1989. A l'instar du rapport Werner, et sur des bases sensiblement identiques, il propose trois étapes pour la mise en place d'une union monétaire. L'objectif final étant évidemment la fixation irrévocable des parités entre les monnaies nationales, le rapport Delors préconise plus particulièrement, d'une part une coopération plus étroite entre les banques centrales des Etats, d'autre part la mise en place progressive d'une institution supranationale dotée d'un pouvoir de décision en matière de politique monétaire. En revanche, eu égard à un certain nombre d'importantes divergences entre les Etats membres de la Communauté, il ne fixe pas, à la différence du rapport Werner, de date précise pour l'achèvement de ce processus.
Le Conseil européen de Madrid (27/28 juin 1989) approuve les conclusions du rapport Delors. Six mois plus tard, le Conseil européen de Strasbourg (8/9 décembre 1989) décide la création d'une Conférence intergouvernementale : elle a pour mission de définir les différentes modifications à apporter au traité de Rome, notamment pour y inclure les mécanismes d'une union monétaire.
Le Conseil européen de Maastricht (9/10 décembre 1991) constate l'accord entre les Etats sur le projet de traité concernant l'union économique et monétaire.
Le 7 février 1992, leest signé par les quinze Etats membres, « résolus à renforcer leurs économies ainsi qu'à en assurer la convergence, et à établir une union économique et monétaire, comportant, conformément aux dispositions du présent traité, une monnaie unique et stable ».
Cette révision a inséré dans le texte constitutionnel un nouveau titre XIV "Des Communautés européennes et de l'Union européenne", dont l'article 88-1 dispose : « La République participe aux Communautés européennes et à l'Union européenne, constituées d'Etats qui ont choisi librement, en vertu des traités qui les ont instituées, d'exercer en commun certaines de leurs compétences » .
L'article 88-2 précise à cet égard : « Sous réserve de réciprocité et selon les modalités prévues par le signé le 7 février 1992, la France consent aux transferts de compétences nécessaires à l'établissement de l'union économique et monétaire européenne (…) ».
La ratification du traité de Maastricht a ensuite été autorisée par référendum, le 20 septembre 1992.
Ce traité s'inspire évidemment très largement des résultats des travaux du comité Delors, même s'il s'en éloigne sur un certain nombre de points.
Le traité de Maastricht insère, dans la troisième partie du traité, un titre VI, consacré à "la politique économique et monétaire". L'Union économique et monétaire (UEM) est née, et avec elle des contraintes budgétaires nouvelles pour les Etats membres.