Section 1. Présentation du cours, définitions et terminologie
L'intitulé de ce cours, "Finances publiques de l’État", appelle quelques précisions préliminaires. En effet, l'expression générique "finances publiques" renvoie le plus souvent aux finances de l'ensemble des entités de la sphère publique, à savoir des "Administrations" au sens large.
Ici, l'adjonction des termes "de l'Etat" limite le champ de ce cours à un enseignement que l'on a longtemps dénommé "Droit budgétaire", qui se focalise donc sur le budget de l’État au travers de ses composantes, des principes qui l'encadrent, et de ses modalités d'élaboration, d'adoption et d'exécution.
Des références seront néanmoins parfois utiles – à titre de comparaison, pour évoquer certaines interactions et pour alimenter la réflexion – aux finances des collectivités territoriales, des organismes de sécurité sociale, de l'Union européenne, voire aux finances d'autres Etats que la France. Mais il s'agit avant tout, dans ce cours, de développer les règles et procédures budgétaires et financières qui s'appliquent aujourd'hui à l’État français.
Aujourd'hui encore, évoquer les finances des États consiste bien à s'intéresser, d'une manière générale, aux opérations qui les conduisent à se procurer des ressources (Cf. Leçon 4) et à financer ainsi leurs charges (Cf. Leçon 5).
En savoir plus
Les opérations qui consistent à se procurer des ressources et à financer des charges sont classiquement désignées, notamment en droit de la comptabilité publique (et bien que les termes ne figurent plus dans les textes en vigueur relatifs à la comptabilité publique (Cf. Leçon 11), par l'expression "opérations sur deniers publics". Le denier représentait sous l'Ancien Régime la douzième partie du "sol " (ou "sou").
Juridiquement, on doit remarquer que ces opérations sur deniers publics produisent le plus souvent un changement de nature juridique de ces deniers : ainsi, les prélèvements fiscaux confèrent aux deniers "privés" (ceux du contribuable) le statut de deniers "publics" lorsqu'ils entrent dans les caisses de l'Etat ; inversement, les deniers "publics" deviennent des deniers "privés" lorsque l'Etat effectue une dépense au profit d'une personne privée : rémunération d'un fonctionnaire, versement d'une subvention, ou règlement d'un marché par exemple.
Toutefois, ce changement de nature juridique n'est pas systématique, et lorsque les opérations sur deniers publics se traduisent par des mouvements de fonds entre personnes publiques (Etat et collectivités territoriales par exemple), elles n'en modifient pas la nature juridique.
Mais l'évolution très sensible du rôle des Etats contemporains a eu des répercussions extrêmement importantes sur leurs finances, dont les buts et les moyens ont donc, corrélativement, été profondément transformés.
- D'une part, à l'approche purement matérielle des finances publiques (la réalisation d'opérations financières) s'est ajoutée une dimension institutionnelle. Les finances ont été de tout temps, et sont toujours, indispensables à la mise en œuvre de la quasi-totalité des décisions de l'administration (par exemple verser un traitement aux fonctionnaires recrutés, ou rémunérer les cocontractants des marchés publics). En outre, elles sont désormais essentielles aux Etats pour exercer l'ensemble de leurs actions "de puissance publique", qu'il s'agisse par exemple de la volonté de relancer certains secteurs de la vie économique ou de mesures visant à la réduction des inégalités sociales.
- D'autre part, et en conséquence, les finances publiques des Etats sont devenues un atout majeur de la vie politique, nationale et internationale, dont elles constituent tout à la fois les supports et les enjeux. En effet, les Etats ont pris conscience du formidable levier que constituent leurs finances pour asseoir de véritables politiques publiques, dynamiques et efficaces. Cette prise de conscience fait qu'aujourd'hui l'existence et l'exercice d'un pouvoir financier sont au moins aussi importants pour un Etat que la mise en œuvre du pouvoir politique dans le cadre de la Constitution.
Afin de mieux cerner l'impact politico-juridique actuel des finances publiques de l'Etat, il est nécessaire d'évoquer d'abord l'interdisciplinarité de la matière, puis de se référer aux étapes successives de son évolution.