Le «
droit des entreprises en difficulté » regroupe l'ensemble
des dispositions qui régissent les défaillances d'entreprises.
Cette dénomination est récente et se substitue à celle plus connue et plus traditionnelle de «
droit des faillites » ou de «
droit des procédures collectives » qui puise, au contraire, ses origines dans le droit romain le plus ancien.
Cette évolution de la terminologie révèle, en réalité, un profond bouleversement de cette matière qui primitivement constituait le droit du règlement des dettes d'un commerçant et qui, aujourd'hui, est devenu un droit économique destiné à régler les difficultés des entreprises en état de cessation des paiements ou simplement, qui rencontrent des difficultés financières.
Le droit des faillites, qui a toujours existé en droit français, s'est construit par opposition à
la déconfiture civile. En effet, lorsqu'un commerçant ne paie pas ses dettes, est mise en place une procédure judiciaire de règlement collectif et égalitaire des créanciers.
Au contraire, en droit civil, si un particulier ne paie pas son créancier, celui-ci peut exercer des poursuites en paiement, voire des procédures civiles d'exécution, mais «
le paiement demeure le prix de la course ». A la faillite, procédure organisée, s'oppose donc la déconfiture civile, système de poursuite individuelle laissée à la diligence de chaque créancier.
Cette opposition tranchée entre les deux systèmes a progressivement été édulcorée.
- D'une part, le droit des faillites a vu son domaine s'étendre progressivement des commerçants aux artisans, puis aux agriculteurs, aux professionnels indépendants et également à toutes les personnes morales de droit privé, ce qui a pour conséquence d'y soumettre des personnes non-commerçantes.
- D'autre part et à l'inverse, le droit civil s'est doté d'une procédure de traitement du surendettement des particuliers qui, à certains égards, permet un échelonnement organisé des dettes du débiteur (loi sur le surendettement des particuliers insérée dans la Code de la consommation). En outre, il a été créé une procédure de « faillite civile » sous le nom de procédure de rétablissement personnel (en cas d'insolvabilité, qui permet un effacement total des dettes pour les familles les plus endettées).
Le droit contemporain des faillites se caractérise aujourd'hui par la volonté de venir en aide aux entreprises qui connaissent des difficultés pour assurer le paiement de leurs dettes.
Tx.C'est donc l'émergence
d'un droit de l'entreprise en difficulté que consacrent les textes les plus récents et, notamment, la loi n°
du 1
er mars 1984 sur la prévention et le règlement amiable des difficultés des entreprises et la loi n°
du 25 janvier 1985 relative principalement au redressement et à la liquidation judiciaires des entreprises.
Ce mouvement est confirmé par les textes postérieurs relatifs à la matière : loi n°
du 26 juillet 2005 de sauvegarde des entreprises et ordonnance n°
du 18 décembre 2008 portant réforme du droit des entreprises en difficulté ainsi que par l'ordonnance n°
du 12 mars 2014 ayant pour objet d'améliorer la prévention des difficultés et les procédures collectives. Il en est de même de l'ordonnance n°
du 15 septembre 2021 portant réforme du Livre VI du Code de commerce dont l'orientation essentielle demeure la sauvegarde des entreprises viables.
Des textes plus généraux comportent aussi des dispositions intéressant la matière.
Tx.C'est le cas de la
loi, dite Macron, n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques et de la
loi n° dite PACTE du 22 mai 2019 relative à la croissance et à la transformation des entreprises laquelle favorise le rebond du débiteur et précise la situation de certains créanciers, publics, notamment.
Dispositif provisoire. Afin de lutter contre les conséquences de l'arrêt, puis du ralentissement de l'activité économique, par suite de l'épidémie de Covid 19, le législateur a dû prendre des mesures provisoires d'adaptation du droit des entreprises en difficulté :
ordonnances n° 2020-341 du 27 mars 2020 et n° 2020-596 du 20 mai 2020. Elles seront évoquées au fur et à mesure des questions qu'elles concernent.
Df.Cependant, bien que « l'entreprise » soit au centre de ce dispositif législatif, il n'en est donné aucune définition légale. C'est une notion concrète qui est prise en considération par les textes dont il résulte que l'entreprise est appréhendée comme un ensemble global constitué par des moyens humains et matériels tendant à l’exercice d’une activité économique.
Le droit des entreprises en difficulté présente une très grande
importance pratique pour des raisons diverses, à la fois économiques et juridiques.
D'un point de vue
économique, le nombre des procédures collectives est extrêmement important et près de 2/3 des entreprises sont mises immédiatement en liquidation.Tous les secteurs économiques sont touchés ainsi que le montrent les défaillances de compagnies aériennes (Aiglazur) ou de voyagistes (Tomas Cook) ou encore de supermarchés (Rallye, Auchan..).
En savoir plus
- 95 % des procédures n'ont pas de salariés ;
- 5 510 entreprises en procédures collectives ont un chiffre d'affaires nul ;
- 70 % des procédures sont des liquidations judiciaires directes ;
- les procédures de sauvegarde représentent 2,8 % du total ;
- 27,9 % de redressements judiciaires :
- 17 596 entreprises ont un chiffre d'affaires entre 1 € et 1 million d'euros ;
- 192 458 emplois ont été concernés par l'ouverture d'une procédure collective en 2024 ;
- Près de 90 % des entreprise concernées emploient moins de 10 salariés.
Source : Observatoire des données économiques du CNAJMJ
Au-delà de ce nombre important de défaillances constatées judiciairement, il faut tenir compte des entreprises qui, sans avoir cessé leurs paiements, connaissent des difficultés financières.
C'est tout un tissu industriel qui disparaît dans certains secteurs économiques avec son cortège de licenciements et de dépeuplement de certaines régions. Les exemples ne manquent pas, qu'il s'agisse des «
faillites » dans le secteur de l'industrie houillère et métallurgique (il suffit d'évoquer la liquidation judiciaire de Metaleurop),de l'industrie textile, des chantiers navals ou, plus récemment, des défaillances d'entreprises dans le domaine de l'immobilier, de l'aéronautique (Airliberté en France, American Airlines aux U.S.A.), de la santé (Orpéa) ou encore des faillites bancaires (Pallas Stern, Lehman Brothers).
L'importance économique de la défaillance des entreprises qui s'est traduite aussi par la
perte de plus de 200 000 emplois par an (174 000 en 2007 ; 278 934 en 2011 ; 251 399 en 2013, 192 363 emplois menacés en 2024) et par l'immobilisation de sommes très importantes dans le cadre des procédures, explique l'importance prise par cette matière et le fait que l'Etat cherche à réguler le fonctionnement des procédures collectives, comme en témoignent l'ordonnance du 15 septembre 2021 et le plan de sortie de crise. La survenance de l'épidémie de Covid 19 a confirmé cette tendance, l'Etat ayant apporté un soutien financier massif aux entreprises à l'arrêt.
Rq.En 2020 : 32 184 procédures : nombre au plus bas depuis trente ans (soit équivalent à 1987) : baisse nette dans les secteurs du bâtiment, du commerce (sauf maroquinerie, articles de voyage) ; sinistralité en hausse dans les agences de voyage ou les services administratifs de bureau), en hausse également dans les entreprises de transformation et de conservation de la viande de boucherie ainsi que de fabrication de bière. Pas de hausse dans le secteur de la restauration.
Mais en 2023, les secteurs de la construction (promotion immobilière, entreprises du bâtiment), de l'habillement, de la restauration font état d'un fort taux de défaillances. Il en est de même en 2024 pour la construction et le commerce.
Mais, en outre, ce sont des
raisons juridiques qui fondent l'intérêt de cette matière. En effet, le contentieux des entreprises en difficulté est devenu le plus important quantitativement du droit commercial et, qualitativement, c'est à l'occasion de l'ouverture d'une procédure que se posent des questions extrêmement complexes d'un point de vue juridique qui sont au carrefour d'autres disciplines : droit civil, procédure civile, droit des contrats, de l'environnement, droit pénal... Une procédure donne souvent lieu à une réflexion sur des questions relevant normalement du droit commun. Le droit des procédures collectives enrichit le droit commun, mais également, le déforme, particulièrement lorsqu'il s'agit de traiter du droit des garanties.
Raisons de l'importance pratique du droit des entreprises en difficulté :
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Raisons économiques
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Raisons juridiques
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| Modification du tissu industriel. | Contentieux le plus important quantitativement du droit commercial. |
| Augmentation des pertes d'emploi. | Touche à toutes les disciplines (droit civil, des contrats, pénal...). |
| Immobilisation de sommes importantes dans le cadre de procédures. | Enrichit le droit commun. |
L'importance, tant économique que juridique, des entreprises en difficulté justifie qu'à titre introductif soit rappelée l'évolution historique de cette matière, appelée "Droit des faillites" jusqu'à la fin du XX
ème siècle et montré comment le droit positif consacre progressivement un droit des entreprises en difficulté et, au delà, un véritable droit de la défaillance économique.