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La recomposition des inégalités sociales


Avec la remise en question de la thèse d’Henri Mendras sur la moyennisation des sociétés contemporaines (voir leçon 3) et plus récemment le succès du Capital au XXIème siècle de Thomas Piketty, la question des inégalités est revenue au cœur des débats scientifiques et politiques. La croissance des inégalités de revenus est éclatante depuis vingt ans et comme le dit Pierre Rosanvallon, elle se vérifie partout sur la planète (in La société des égaux, Seuil, 2011). Les inégalités de patrimoine sont pourtant plus grandes encore. Mais elles ne doivent pas occulter d’autres formes d’inégalités qui se maintiennent malgré des progrès : les inégalités entre les sexes, et les inégalités sociales face à la santé et aux loisirs.

Section 1 : Le développement des inégalités de revenus et de patrimoine



Df.Le revenu disponible comprend les revenus déclarés à l’administration fiscale, les revenus financiers non déclarés et imputés (produits d’assurance-vie, livrets exonérés, PEA, PEP, CEL, PEL), les prestations sociales perçues et la prime pour l’emploi, nets des principaux impôts directs (impôt sur le revenu, taxe d’habitation, CSG et CRDS).

Le niveau de vie correspond au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC).


Il est donc le même pour toutes les personnes d’un même ménage. Les unités de consommation sont calculées selon l’échelle d’équivalence dite de l’« OCDE modifiée » qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans.

Df.Le niveau de vie médian est le revenu qui partage la population en deux parties égales ; 50 % gagnant moins que ce revenu et 50 % plus.


Il correspond au niveau de vie du cinquième décile. Les 10 % des personnes les plus modestes ont un niveau de vie inférieur ou égal au 1er décile (D1), le niveau de vie des 10 % les plus aisés est supérieur au 9e décile (D9), la médiane D5 partage la population en deux parts égales.

Attention ! Il ne faut pas confondre médiane et moyenne. La médiane est la valeur qui sépare un effectif en 2 ; 50 % de l'effectif sont en dessous de cette valeur et 50 % sont au-dessus. La moyenne est le résultat d'un calcul : la moyenne arithmétique est la somme des valeurs divisées par l'effectif.


Le rapport inter-décile est fréquemment utilisé comme indicateur des inégalités :

D10/D1 = Revenu moyen du décile le plus riche/revenu moyen du décile le plus pauvre

Ex.En France, en 2011, le niveau de vie annuel médian est de 19 550 euros annuels en France métropolitaine, soit 1 630 euros par mois (niveau de vie médian, D5). Les 10 % des personnes les plus modestes de la population ont un niveau de vie inférieur à 10 530 euros (1er décile, D1). Les 10 % des personnes les plus aisées ont un niveau de vie supérieur à 37 450 euros (9e décile, D9), soit 3,6 fois plus que le 1er décile.


On constate dans notre pays de fortes disparités régionales et sociales. Le niveau de vie médian, comme le rapport inter-décile, varient selon les départements, respectivement de 16 603 € à 24 521 € et de 2,8 à 6,0 (source INSEE pour revenus disponibles en 2010). L’ampleur de la dispersion tient soit à la faiblesse des revenus des plus modestes, comme dans le Nord Pas-de-Calais, soit au niveau élevé des plus aisés comme dans les Hauts-de-Seine ou les Yvelines, soit aux deux comme à Paris où le rapport inter décile est le plus élevé.

Parmi les personnes de 18 ans ou plus, le niveau de vie médian des chômeurs (13 500 euros) est inférieur de 38 % à celui des personnes en emploi (21 820 euros). Il est également inférieur de 27 % à celui des inactifs. En 2011, parmi les inactifs, ce sont les retraités qui ont le niveau de vie médian le plus élevé avec 19 500 euros, dépassant celui des étudiants vivant chez leurs parents (18 640 euros). Les autres inactifs (femmes au foyer, personnes dans l’incapacité de travailler, etc...) ont le niveau de vie médian le plus faible parmi les inactifs : 14 270 euros, soit 27 % de moins que les retraités. (Données extraites du Portait social de la France 2013, p. 298).

A l’échelle comparée, on constate partout une augmentation des écarts D9/D1 depuis les années 1980 sauf au Japon et en France, laquelle se situe à un niveau intermédiaire entre les pays de l’Europe centrale et du nord d’un côté, les pays du sud de l’autre. On a donc une opposition entre les pays anglo-saxons, libéraux, les plus inégalitaires, et les pays scandinaves socio-démocrates, comme on peut le voir dans le tableau suivant.

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 Graphique - Évolution de l’écart interdécile D9/D1 (1980-2010) dans plusieurs pays développés

Graphique - Évolution de l’écart interdécile D9/D1 (1980-2010) dans plusieurs pays développés



Pour la France, selon le coefficient de Gini, le niveau des inégalités de niveau de vie est resté stable entre 1996 et le milieu des années 2000 mais à partir de 2005 et jusqu’en 2011, les inégalités n’ont fait qu’augmenter pour retrouver leur niveau de 1980. D’après l’indicateur interdécile D9/D1, la hausse serait plus récente et débuterait entre 2009 et 2010.

Tx.Nicolas  Frémeaux et Thomas  Piketty, Growing Inequalities and their Impacts in France, Country Report for France. January 2013.

L'indice (ou coefficient) de Gini est un autre indicateur synthétique d'inégalités de revenus qui permet lui aussi de comparer dans le temps et/ou entre pays. Il varie entre 0 et 1 (ou 100). Il est égal à 0 dans une situation d'égalité parfaite. Plus il est proche de 1 (ou de 100 selon les sources), plus l’inégalité mesurée est importante. Entre 0 et 1, l'inégalité est d'autant plus forte que l'indice de Gini est élevé. Sa représentation graphique est la courbe de Lorenz qui va mesurer le degré de concentration des niveaux de vie ou du patrimoine (ensemble des avoirs). Plus les courbes de Lorenz sont éloignées de la bissectrice, plus l’inégalité est grande.

Courdes de Lorenz


Ex.En France, en 2010, 80 % des ménages possédait 35 % du patrimoine total du pays ce qui revient à dire que les 20 % les plus riches possédaient à eux seuls 65 % de la richesse totale alors que ce n’était que 6 2% en 2003 et 60 % en 1998.


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Coefficient de Gini



Cette augmentation des inégalités de revenus peut recevoir plusieurs explications qui alimentent la réflexion des économistes et parfois des politiques depuis le retentissement qu’a connu l’ouvrage de Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, pari aux éditions du Seuil en 2013 (voir leçon 3) :

  • La propagation des bas salaires consécutive aux métamorphoses du travail au 3ème âge du capitalisme (voir leçon 4) ;
  • L’envolée des hauts et a fortiori des très hauts salaires, puisque l’on constate que ce sont les revenus des 1 % les plus riches qui ont le plus progressé en vingt ans, particulièrement dans les pays anglo-saxons (voir tableau ci-dessous « en savoir plus ») ;
  • Une évolution de la répartition des revenus défavorable aux salariés : entre 1988 et 1994, l’accroissement des revenus du patrimoine est de 3,9 % par an, tandis que les revenus d'activité des ménages décroissent de 0,5 % ;
  • Le déclin de la syndicalisation et un rapport de forces défavorable désormais aux salariés (voir leçon 9).


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Part du centile supérieur des revenus



Elle est générale, surtout en GB et aux USA. Ainsi, aux États-Unis, le salaire minimum des 10 % des salariés les plus riches est 5,1 fois supérieur au salaire maximum des 10 % les plus pauvres en 2009 alors que cet écart n’était que de 3,4 en 1973.
Aussi ce pays a-t-il retrouvé un niveau d’inégalité supérieur à celui du début du XXe siècle pour les 10 % les plus riches qui s'accaparent 50 % du revenu total. En France, elles ont reculé jusqu’en 2011, date à laquelle l’INSEE dresse le constat d’une remontée de ces inégalités. Toutefois d’après le Portait social de la France de 2010 :

  • Un cadre du secteur privé et semi public à temps complet gagne en moyenne respectivement 2,7 et 2,8 fois plus qu’un ouvrier ou un employé en 2008.
  • En 2011, les femmes ont perçu un revenu inférieur de 24 % à celui des hommes (voir section suivante).
  • Le revenu salarial moyen des 25 % les mieux payés s’élève à 40 350 euros, soit dix fois plus que le revenu salarial moyen des 25 % de salariés les moins bien lotis en raison notamment de l’explosion du temps partiel de ces derniers en 2011 ;
  • 7,8 millions de personnes sont pauvres soit 13 % de la population (voir leçon 4).


Les inégalités sont en grande partie amorties grâce à l’État, plus précisément grâce aux impôts et surtout aux prestations sociales. Les 20 % les plus pauvres touchent 2,1 fois plus de prestations sans condition de ressources (allocations familiales, allocation pour garde d'enfant...) que les 20 % les plus riches, mais ils reçoivent en moyenne 2 890 euros de prestations réservées à ceux dont les ressources sont insuffisantes (allocation logement, bourses scolaires, RSA...) contre 40 euros pour les 20 % les plus riches. Bref, grâce à la redistribution de l’État et de la Sécurité sociale, les 2 0% les plus riches ne disposent plus que d'un revenu disponible 4,43 fois plus important que les 20 % les plus pauvres. Pour ceux-ci, la redistribution a augmenté de moitié les revenus, tandis que le revenu des 2 0% les plus riches a diminué de 12,6 %.

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Pour en savoir plus sur les écarts de revenus qui se creusent dans les pays de l’OCDE : OCDE.

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Par ailleurs, comme le dit Louis Chauvel dans Les classes moyennes à la dérive, Le Seuil, 2006, il faut distinguer les inégalités statiques de revenu (l’écart de salaires entre le salarié des classes supérieures et le salarié des classes populaires), en déclin, des « inégalités dynamiques » (le temps qu’il faudrait au salarié des classes populaires pour voir son salaire rattraper celui du salarié des catégories supérieures), en hausse du fait du ralentissement de la croissance (3 à 4 % par an pendant les 30 Glorieuses, 0,5 % aujourd’hui). Ainsi, dans les années 1960, la différence de revenus était de 1 à 3 entre ouvrier et cadre ; l’ouvrier pouvait espérer « rattraper » les revenus du cadre en une quarantaine d’années (soit une génération) ; aujourd’hui il lui faudrait plus de 160 ans... Ce qui alimente le sentiment d’inégalités et de panne de l’ascenseur social.



Les dépenses contraintes sont celles auxquelles le ménage ne peut échapper et qui viennent évidemment grever son budget comme l’eau, le gaz, l’électricité, le logement, etc... Leur poids, croissant, pèse très différemment selon les CSP, du fait en particulier, du logement. Entre 2005 et 2011, l’endettement des ménages pour l’immobilier a presque doublé, les encours de crédit sont passés de 442 milliards à 800 (un ménage sur deux détient un crédit immobilier et/ou à la consommation, 14 millions d’entre eux sont concernés). D’après le CREDOC, entre 1980 et 2007, la propriété du logement a globalement décliné ; elle est passée de 45 % à 33 % pour les bas revenus, elle est stationnaire à 46 % pour les classes moyennes, mais en augmentation de 51 à 70 % pour les hauts revenus. En 2011, 40 % des ménages endettés déclarent ne pas pouvoir s’offrir une semaine de vacances au cours des douze derniers mois, contre 28 % pour les autres ménages.





Aussi l’évolution du niveau de vie entre CSP est-elle contrastée :

Niveau de vie annuel moyen des individus



Tx.« La croissance des inégalités de revenus a fait l’objet de multiples études statistiques. Toutes convergent pour souligner la part prise par l’accroissement spectaculaire des rémunérations les plus élevées dans la constitution du phénomène, qu’il s’agisse de celles des grands patrons de l’industrie, des maîtres de la finance, ou tout simplement des cadres dirigeants, comme encore des grands sportifs ou des vedettes du show-business. Aux États-Unis, les 10 % des revenus les plus élevés totalisaient ainsi 50 % des revenus totaux en 2010, alors que ce pourcentage n’était que de 35 % en 1982. Dans le cas français, le salaire moyen des 1 % les mieux rémunérés a augmenté d’environ 14 % entre 1998 et 2006, et celui des 0,01 %, tout au sommet de l’échelle, de près de 100 %, alors que la progression sur la même période n’a été que de 4 % pour la grande masse des salariés du bas. Le mouvement ultérieur a vu cet écart continuer à exploser, comme l’ont montré des travaux publiés par l’Insee (la moyenne des revenus disponibles des 0,01 % les plus aisés est devenue 75 fois supérieure à la moyenne des 90 % les moins favorisés en 2007). L’accroissement de ces écarts se vérifie partout sur la planète. Symétriquement, le nombre de personnes touchant les rémunérations les plus faibles, comme les salariés au Smic en France, s’est accru (un salarié sur cinq y est actuellement payé au voisinage du salaire minimum), tandis que sont également plus nombreux les ménages vivant sous le seuil de pauvreté sous l’effet, notamment, du chômage et de la précarisation des formes de travail. »

Source : Pierre Rosanvallon, La société des égaux, Seuil, 2011.

Df.Le patrimoine détenu comprend les biens immobiliers, les actifs financiers ainsi que le patrimoine professionnel pour les actifs indépendants.


Ex.En France, le patrimoine net (dettes déduites) médian des ménages s’élève à 113 500 euros (Insee, données 2010). Attention : il s’agit du patrimoine toutes générations confondues, et l’on sait que la fortune augmente nettement avec l’âge. Entre 30 et 39 ans, le patrimoine net moyen est inférieur à 50 000 euros, quatre fois moins que passé la cinquantaine.


Trois conclusions principales :

  • Les inégalités de patrimoine entre milieux sociaux sont plus importantes que celles liées aux revenus : en France, le patrimoine moyen des 10% les plus riches (1,2 million d’€) est 920 fois supérieur au patrimoine moyen des 10% les plus pauvres (1 350 €) en 2010 alors que l’inégalité entre le niveau de vie moyen des 10% les plus riches et celui des 10% les plus pauvres n’est que de 1 à 9 pour la même année.
  • Les écarts de patrimoine sont considérables selon les CSP : le montant du patrimoine médian des CSP souligne la séparation entre salariés et non-salariés, et au sein des non-salariés, la position prédominante des chefs d’entreprise et des professions libérales.


  • Ces écarts sont en très nette augmentation depuis ces dernières années : les 10 % les plus riches ont un patrimoine 80 fois supérieur aux 10 % les plus pauvres, qui n’ont pratiquement pas de fortune. Depuis les années 1990, les détenteurs de patrimoine ont vu leurs revenus réels augmenter 5 fois plus vite que le pouvoir d’achat moyen des salariés. Selon le Centre d’observation de la société, entre 2004 et 2010, les 10 % les plus fortunés ont vu leur patrimoine moyen augmenter de 400 000 euros, passant de 840 000 à 1,2 million d’euros (+ 47 %). Les 10 % les moins fortunés ont gagné 114 euros (de 1 237 à 1 351 euros), soit + 9 %. Au total, les 10 % les plus fortunés détiennent, quant à eux, près de la moitié du patrimoine national (Insee, données 2010, voir le camembert suivant). D’après l’Observatoire des inégalités, leur fortune était en 2004 680 fois plus élevée que celle des 10 % les plus pauvres, l’écart était alors de 840 000 euros. En 2010, c’est 920 fois plus et la différence est de 1,2 million d’euros. Ces inégalités avaient déjà considérablement augmenté entre 1998 et 2004 (voir tableau suivant « En savoir plus »).





Tableau : Évolution du patrimoine moyen par déciles (1998-2004), en euros (Credoc-INSEE)

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Evolution du patrimoine moyen par décile



Cet accroissement des inégalités de patrimoine s’explique par le fait que les revenus tirés du patrimoine ont progressé beaucoup plus vite que les revenus du travail, mais aussi par la logique de « capitalisme actionnarial » du « 3ème âge du capitalisme (voir leçon 4).

Les liens entre inégalités de revenu et inégalités de patrimoine sont nombreux :

  • plus les revenus sont élevés, plus on a la possibilité d’épargner, donc de se constituer ou d’augmenter son patrimoine. Cela est d’autant plus vrai que les hauts revenus accèdent plus facilement au crédit, car leur capacité de remboursement est importante. Ils peuvent donc faire un emprunt immobilier pour financer l’acquisition d’un logement par exemple.
  • le patrimoine est source de revenus, et comme on l’a dit, ces revenus augmentent plus vite que les revenus du travail.

= Les inégalités économiques sont donc cumulatives d’autant plus que le patrimoine se transmet par héritage.

On constate en conséquence un retour du poids de l'héritage dans la reproduction du patrimoine qui avait été interrompu des années 1920-1930 aux années 1970. Aujourd'hui, l'héritage pèse presque aussi lourd que dans les années 1920.

Section 2 : Les autres inégalités



On a déjà noté l’élévation très marquée du taux d’activité féminin, passé de 47 à 85 % pour les femmes âgées de 30 à 59 ans entre 1969 et 2011. Elles représentent désormais 47 % des actifs. D’indéniables progrès ont été faits pour la condition féminine depuis les années 1968 notamment sur le plan des mœurs permettant de dissocier sexualité et procréation :

  • 1965 : Les femmes n’ont plus besoin de demander l’autorisation de leur mari pour travailler et peuvent jouir librement de leurs revenus.
  • 1967 : Accès à la contraception avec la loi Lucien Neuwirth, du nom du député gaulliste qui la proposa ; il faut attendre décembre 1974 pour que la contraception soit véritablement libéralisée et remboursée par la Sécurité Sociale.
  • 1970 : égalité en matière d’autorité parentale.
  • 1975 : loi Simone Veil dépénalisant l’avortement et droit de divorcer par consentement mutuel.
  • 1994 : loi sur la violence conjugale.


Toutefois, on constate le maintien d’inégalités considérables tant dans la sphère domestique que professionnelle. On peut faire trois constats :

  • Les inégalités de répartition des tâches ménagères demeurent : En treize ans, entre 1986 et 1999, la part du travail domestique effectuée par les hommes est passée de 32 à 35 %. Les femmes, elles, s’occupent des tâches ménagères à 57 %. D’après la dernière enquête emploi du temps de l’Insee, les femmes consacrent en moyenne 3h27 par jour aux tâches ménagères, contre 2h6 pour les hommes. Il y a eu peu d’évolution : Les hommes ont vu leur temps de travail domestique augmenter de 1 mn en 31 ans et celui des femmes diminuer de 22 mn. Dans 49 % des cas, ce sont elles qui gardent un enfant malade, les hommes ne le faisant que dans 11 % des cas. L’arrivée d’un enfant renforce les inégalités de répartition des tâches ménagères. Quand un premier bébé arrive, 65 % des conjoints travaillent tous les deux. À l’arrivée du deuxième enfant, 59 % des deux parents travaillent. Au troisième, seuls 43 % des couples sont biactifs.
  • Les écarts de salaires restent de l’ordre de 28 % à poste égal dans le privé en 2010 (c’est en progrès : les femmes gagnaient en moyenne un tiers de moins que les hommes en 1951). Mais par voie de conséquence selon la Commission européenne, elles doivent encore en moyenne accomplir 79 jours supplémentaires de travail pour gagner autant que les hommes. Cet écart s'explique par  "la part écrasante de femmes dans le travail à temps partiel (80 % des emplois)", les interruptions de carrière et une part inexpliquée (d’environ 9 %) dans laquelle se trouvent les discriminations à poste égal, rappelle le ministère des Droits des femmes. Selon les derniers chiffres de l'Insee, l'écart de revenu salarial entre hommes et femmes en France a atteint 28 % en 2010. On le voit dans le tableau suivant.


Distribution des salaires annuels nets de prélèvements par sexe dans le secteur privé et semi-public en 2010




D'après l'INSEE.

  • Les femmes subissent une plus grande précarité : en 2010, 4,7 millions de femmes avaient un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, soit 964 euros mensuels pour une personne seule. Les mères isolées représentent la quasi-totalité des 190 000 allocataires du RSA socle majoré (ex-API). Elles perçoivent une pension de droit direct presque deux fois plus faible que celle des hommes (879 euros contre 1 657 euros mensuels). Elles constituent 57 % des bénéficiaires du minimum vieillesse (777 euros mensuels). Cette plus forte exposition à la précarité s’observe également au travail.


Ex.En 2008, 29,4 % des femmes occupaient un emploi à temps partiel contre seulement 5,8 % des hommes.Les femmes sont donc 5 fois plus souvent que les hommes à temps partiel (29,4 / 5,8).

Le nombre de femmes en sous-emploi est donc à peu près 3 fois plus élevé que le nombre d'hommes. (source INSEE)

Comme le dit le Portait social 2013, « Le travail fait partie des déterminants majeurs des inégalités sociales de santé tout d’abord parce qu’il détermine pour une large part les conditions de vie, de revenus, de logement et de protection sociale des personnes. En outre, la situation sur le marché du travail et les conditions de travail contribuent elles aussi directement à la consolidation ou à la dégradation de l’état de santé. Depuis une vingtaine d’années, le travail se densifie, les rythmes s’accélèrent, l’autonomie se réduit [Gollac et Volkoff, 1996 ; Askenazy, 2004]. De plus, la santé joue aussi sur la participation au marché du travail et les conditions de travail de l’emploi occupé – ce que l’on appelle la sélection par la santé. »

Espérance de vie à 60 ans par sexe et catégorie socioprofessionnelle en 2000-2008 (INSEE)
Espérance de vie à 60 ans par sexe et catégorie socioprofessionnelle en 2000-2008 (INSEE)



Le différentiel d’espérance de vie est de 4,5 ans entre cadres et ouvriers (moitié moindre chez les femmes), et même 8 ans avec les inactifs non retraités. D’après Nathalie Blanpain (« L’espérance de vie s’accroît, les inégalités sociales face à la mort demeurent », Insee Première n° 1372, octobre 2011), en 2011, à 35 ans, un homme ouvrier a une espérance de vie inférieure de 6,3 ans à celle d’un cadre. Cela s’explique par :

  • la pénibilité du travail,
  • la tendance à avoir des conduites à risque,
  • le niveau d’éducation,
  • la tendance à consulter un généraliste ou un spécialiste,
  • une culture du corps différente, notamment l’attitude face à la douleur.


Les différences sont nettes selon le type d’emploi :

Les différences selon le type d’emploi


Dans le budget des ménages de 1995, on note des différences importantes en particulier sur les dépenses week-end et les services domestiques selon les ménages cadres et ouvriers. D’après les données des enquêtes Pratiques culturelles des Français lancées depuis 1973 par le Département des études et de la prospective du Ministère de la culture sous l’égide d’O. Donnat ("La stratification sociale des pratiques culturelles et son évolution 1973-1997", in Revue Française de Sociologie, XL-I, 1999, p. 111-119), l’évolution est nette : en 1958, un peu moins d’un tiers des Français prend des vacances, c’est près de 45 % en 1964. En 1975, plus d’un Français sur deux part et en 1999, un peu moins de 60 % des Français partent en vacances (c’est d’autant plus significatif que la durée des congés payés s’allonge : 3 semaines en 1956, 4 semaines en 1969, 5 semaines en 1982). Cependant les inégalités se sont creusées sur la période la plus récente : parmi les couches aisées, le taux de départ reste de l’ordre de 80 %. Pour les familles modestes le taux a baissé : il a perdu 14 points entre 1998 et 2009, de 46 à 32 %. Les écarts sont encore plus grands pour les départs aux sports d’hiver.
De même, entre 1973 et 1997, on ne note pas d’évolution significative en matière de consommation culturelle consacrée (musique classique, théâtre, lecture...) alors que « le rapport à la culture lettrée est plus que jamais un enjeu dans les classements sociaux. » (Serge Bosc). 70 % des cadres supérieurs ont visité un musée au moins une fois dans l’année contre 20 % des ouvriers. 61 % des cadres supérieurs sont allés au théâtre au moins une fois dans l’année contre 20 % des ouvriers. 81 % des premiers ont lu au moins un livre contre 28 % des seconds, soit 2,9 fois moins en 2009.







Note : Sur l’échelle des niveaux de vie, les catégories pauvres correspondent aux 10 % de la population les plus pauvres, les classes moyennes inférieures aux 2ème, 3ème, 4ème et 5ème déciles, les classes moyennes supérieures aux 6ème, 7ème et 8ème déciles, les catégories aisées correspondent aux 20 % de la population les plus riches. Les pourcentages dans les catégories ont été lissés en moyenne mobile sur 3 années, en donnant un poids de 0,5 à l’année en cours (n), et 0,25 aux années n-1 et n+1.
Source : CREDOC, Enquêtes « Conditions de vie et Aspirations », 2012.

D’après le Portait social 2013, les employés, les ouvriers et les agriculteurs, nés entre 1961 et 1965, ont eu plus de difficultés à former une union que les hommes de catégories sociales plus favorisées. Ils étaient ainsi entre 11 % et 12 % à déclarer en 2011 n’avoir jamais vécu en couple, contre 7,5 % pour les cadres.

Tx.Voir Michel Bozon and François Héran. La découverte du conjoint, La Découverte, 2006.
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