Ex.Ce fut le cas du Groenland, province danoise, intégré depuis 1973 au territoire communautaire (malgré un vote négatif des groenlandais dans le cadre général du referendum positif danois), à la différence des îles Feroe (autre communauté autonome danoise, ayant eu d'emblée un statut de territoire associé) ; son statut, dans le cadre danois, ayant changé en 1979 (il accède à un statut d’autonomie), le Groenland, par referendum, le 23 février 1982, a décidé de quitter la Communauté (spécialement pour éviter la concurrence des pêcheurs européens dans les eaux du Groenland) et le Groenland a donc été placé, en 1985, sur la liste des territoires associés à la Communauté. Il ne fait donc plus partie, depuis, du territoire communautaire.
Le cas de l'Algérie fut assez curieux. Ayant, en 1957, un statut départemental dans le cadre français, l'Algérie était visée par l'article 227 §2 du traité CEE, mettant en place un régime spécial pour « l'Algérie et les départements d'outre mer français ». Curieusement, l'indépendance de l'Algérie, en 1962, n'a pas clairement mis fin à cette situation, puisqu'elle était visée explicitement, et pas en tant que département français. Il a fallu attendre l'accord du 26 avril 1976 entre la Communauté et l'Algérie pour préciser la question, et le traité de Maastricht, pour que l'Algérie ne soit plus citée dans l'article 227 §2 !
La question peut se poser sous une tout autre forme, celle d’une partie (région, province) d’un État membre souhaitant son indépendance mais qui veut continuer à appartenir à l’Union européenne. Face à une telle éventualité, en 2004, a été définie au niveau de l’Union la « doctrine Prodi » : Une région nouvellement indépendante deviendrait, du fait de son indépendance, un pays tiers par rapport à l’Union et tous les traités ne s’appliqueraient plus à son territoire dès le premier jour de son indépendance. Il lui faudrait donc «
se porter candidate pour devenir un membre de l’Union, puis des négociations seraient engagées pour l’intégrer à l’Union ». D’emblée il apparaît que de telles négociations seraient paradoxalement plus faciles à mener mais plus difficiles à conclure que les négociations actuelles avec les États des Balkans. Plus faciles à mener parce qu’un territoire qui a fait partie de l’Union remplit à l’évidence nombre des conditions exigées pour l’adhésion, mais plus difficile à conclure dans la mesure où l’unanimité des États membres est requise, ce qui peut être délicat s’agissant de l’État dont s’est détachée la région sécessionniste. Tout dépend ici des conditions, du climat dans lequel s’est opérée cette prise d’indépendance. Ces dernières années, deux cas se sont présentés, qui pourraient revenir dans l’actualité. C’est d’abord l’Écosse qui a organisé en septembre 2014 un référendum d’indépendance finalement négatif. L’incertitude sur « l’acte 2 », c’est-à-dire l’adhésion à l’Union, a pu peser, le Royaume-Uni, mais aussi l’Espagne ayant fait savoir qu’ils voteraient contre une telle adhésion. La position de l’Espagne s’explique par son souhait d’éviter la contagion d’une éventuelle indépendance écossaise vis-à-vis de la Catalogne et la question catalane a fini par se poser avec une majorité pour les indépendantistes au referendum de septembre 2015, et un nouveau referendum le 1
er octobre 2017, suivi dans des conditions assez chaotiques par une déclaration unilatérale d’indépendance, un mandat d’arrêt européen lancé par l’Espagne à l’encontre des leaders indépendantistes, un Président de l’exécutif catalan en fuite en Belgique et… une réaction gênée de l’Union qui s’en tient à la doctrine Prodi.
Rq.La situation est même devenue extrêmement complexe car des indépendantistes emprisonnés ou en fuite en Belgique (ou en Écosse pour une) ont été élus députés européens en mai 2019 dont Carles Puigdemont. Une ordonnance du Président du Parlement européen les a dans un premier temps empêchés de siéger mais la Cour de justice le 19 décembre 2019, a confirmé leur statut d’élu député européen (malgré leur non-prestation de serment à Madrid) et leur immunité en tant que députés européens. Depuis, c’est compliqué. Le Parlement européen a levé leur immunité parlementaire en mars 2021 et en septembre 2021, Carles Puigdemont a même été arrêté quelques heures en Sardaigne (il y a toujours un mandat d’arrêt espagnol contre lui). A la demande de la Cour suprême espagnole, lasse de voir ses mandats d’arrêts européens rejetés par la justice belge, la Cour de justice, le 31 janvier 2023 a encadré (mais sans interdire) ces refus fondés sur le droit national plutôt qu’européen (arrêt Puig Gordi e.a., aff.
C-158/21) : possible de refuser l’exécution du MAE si l’autorité judiciaire d’exécution constate des défaillances systémiques ou généralisées affectant le système juridictionnel de cet État membre ainsi qu’un défaut manifeste de compétence de la juridiction appelée à juger la personne recherchée dans ledit État membre. En difficulté politique le Premier Ministre espagnol Pedro Sanchez, en novembre 2023, a essayé d’élargir sa majorité (et a réussi à se maintenir au pouvoir malgré des élections difficiles en juillet 2023) par des accords avec les partis indépendantistes. Dans cette ligne, il a dû proposer (c’était la condition de l’appui des indépendantistes) une loi d’amnistie pour les indépendantistes catalans mais le 30 janvier 2024, à la surprise générale les 7 députés indépendantistes catalans du Parlement espagnol ont voté contre et la loi n’a pas été adoptée. Elle a fini par l’être le 30 mai 2024. Mais cette saga n’était pas pour autant terminée ! Le Tribunal supremo, le 1
er juillet 2024, a refusé d’amnistier Carles Puigdemont et deux autres leaders indépendantistes et a maintenu le MAE contre eux. La loi prévoit en effet des exceptions, dont le délit de détournement de fonds et ce serait, selon le TS, le cas (fonds utilisés pour l’organisation du referendum !). La chambre d’appel du Tribunal supremo l’a confirmé le 10 avril 2025. Pour continuer dans la complexité de cette affaire, le 5 février 2026, la CJUE a annulé la levée de l’immunité des députés catalans par le PE, car le député européen rapporteur dans cette procédure n’était pas impartial (ce Bulgare appartenait au même groupe politique que les députés européens espagnols du Parti d’extrême droit VOX, opposé à l’indépendance de la Catalogne)…
Du côté espagnol, le 11 février 2026, le Parquet et le Ministère public ont saisi la cour constitutionnelle contre le refus d’amnistie à Puigdemont. Il faut attendre un arrêt préjudiciel de la cour de justice, en mars 2026 (notamment pour savoir s’il y a eu atteinte aux intérêts financiers de l’UE) mais en attendant, Puigdemont ne peut toujours pas rentrer en Espagne, car la Cour constitutionnelle a décidé, en janvier 2026, de maintenir le mandat d’arrêt national contre lui.
Le Brexit pourrait relancer sous une nouvelle forme le cas écossais. L’Écosse, qui a largement voté contre le Brexit, a programmé la décision d’organiser un nouveau referendum pour l’automne 2018 (après la fin des négociations sur le Brexit), le referendum lui-même, initialement envisagé pour fin 2018, a été retardé au printemps 2019 en raison du mauvais score des indépendantistes écossais aux législatives britanniques en juin 2017. La perspective concrète de Brexit au 31 janvier 2020 a conduit la Première Ministre écossaise à demander un nouveau referendum d'indépendance le 19 décembre 2019, avec un refus de Boris Johnson. Une éventuelle indépendance mais vis-à-vis d’un Royaume-Uni qui ne serait plus membre de l’Union faciliterait sans doute l’adhésion ultérieure.
Le 19 décembre 2019, la Première Ministre écossaise Nicola Sturgeon a officiellement demandé l’organisation d’un referendum en 2020 pour l’indépendance de l’Écosse. Le 2 janvier 2021, elle a réitéré ce souhait, appuyée sur une majorité de près de 60 % d'écossais qui souhaitent quitter le Royaume-Uni et réintégrer l’Union européenne. Le 3 janvier 2021, B. Johnson qui doit autoriser un tel referendum a refusé, mais le parti écossais au pouvoir, indépendantiste, a gagné largement les élections locales de mai 2021, en faisant campagne sur le referendum, et cela pourrait obliger B. Johnson à accepter. Sinon, Nicola Sturgeon envisage la voie unilatérale, qui n’est pas sans risques et qui, de plus, devrait se limiter à un referendum consultatif. Le referendum est prévu pour 2023 désormais mais les demandes de coopération adressées par Nicola Sturgeon à Boris Johnson puis à Rischi Sunak sont restées sans réponse,et en octobre 2022, la Cour suprême britannique a rendu un jugement indiquant au gouvernement écossais qu’il n’est pas de sa compétence d’organiser un référendum sans l’autorisation du gouvernement britannique. Des sondages, fin 2022, ont montré que le résultat d’un tel referendum n’étaient plus garantis (50/50) et ceci (en partie) explique sans doute la démission surprise de Nicola Sturgeon le 15 février 2023, qui pourrait encore affaiblir la perspective du referendum. La situation est en effet compliquée. Le
Scottish National Party (SNP) au pouvoir a annoncé en octobre 2023 comme stratégie que lors des élections législatives du Royaume-Uni (2
nd semestre 2024), s’il gagne la majorité des sièges en Écosse, il renégociera avec le gouvernement britannique, et le 17 novembre 2023, le SNP a annoncé sa volonté de rapidement rejoindre l’UE juste après avoir obtenu son indépendance. Mais le SNP et le Premier ministre Hamza Yusaf se sont retrouvés dans la tourmente (scandales de financement, défaites à des élections partielles)et le PM a démissionné le 29 avril 2024. En quelques mois, 3° Premier Ministre, avec John Swinney ; les écossais sont las (crise économique, image peu glorieuse du Parti indépendantiste…) et peu enclins au rétablissement d’une frontière avec l’Angleterre finalement…Ce qui est significatif de cette ambiance peu propice à l’indépendance, c’est que le nouveau PM a déclaré qu'il fallait désormais « passer plus de temps sur la persuasion et les arguments en faveur de l'indépendance, que sur la question du processus ». Aux législatives (générales, du Parlement du RU) de juillet 2024, défaite du Parti national écossais (effondrement, perte de 39 de ses 48 députés !), triomphe des travaillistes…Mauvais temps pour l’indépendantisme écossais. On parle donc beaucoup moins de referendum d’indépendance, mais un biais a été imaginé : une émancipation financière. En novembre 2025, a été annoncée l’émission d’obligations kilt (un emprunt public) pour 1,5 milliards de Livres. Si les indépendantistes gagnent les élections parlementaires de mai 2026 et restent au pouvoir, ils émettront cette dette autonome purement écossaise, ce qui n’a pas été fait depuis 400 ans. C’est assez paradoxal. C’est présenté comme une mesure d’émancipation vis-à-vis du RU mais les agences de notation (Moody’s, Standard and Poor’s…) ont prévenu que la note de l’Écosse (AA), supérieure à celle de l’Italie ou de l’Espagne, serait dégradée si des mesures en faveur de l’indépendance étaient prises. .
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