Ex.Par exemple, en matière musicale, l'originalité d'une chanson peut résulter de «
la combinaison de la mélodie et de son rythme » (Cass. civ. 1
ère, 11 octobre 1989 :
RIDA 1990, n° 145, p. 325). Mais une chanson dépourvue d'écriture ou d'orchestration originale comme
Boire un petit coup n’est pas originale (Paris, 16 décembre 1959 :
Ann. 1961, p. 323). Le seul accord introductif d'une durée de moins de deux secondes (reprise par un DJ d'un élément de « The Bridge is Broken », du groupe The Dø) n'est pas un élément déterminant qui permet de caractériser la personnalité de l'auteur et ne participe pas de l'originalité de l'œuvre première prise dans son ensemble (Cass. civ. 1
ère, 8 févr. 2023, n°
21-24.980 : D. act. 23 févr. 2023, obs. S. Le Cam ;
Dalloz IP/IT 2023 p. 299, obs. G. Querzola ;
Légipresse 2023, p. 81) ; autrement dit, si l'originalité doit s'apprécier dans son ensemble, la brièveté de l'emprunt peut éviter la contrefaçon.... Les paroles de
La mer, de Charles Trenet, sont originales par la juxtaposition des termes, de telle sorte que leur réemploi sur des produits, sans autorisation préalable, pouvait engendrer une contrefaçon (TJ Paris, réf. 11 sept. 2024, n° 24/50196 :
JurisData n° 2024-017253,
Comm. com. électr. 2025, chr. 6, § 2, obs. E. Emile-Zola-Place). S'agissant de la chanson
C'est la ouate, reprise dans une publicité le la MAAF, la Cour de Paris a relevé une originalité dans le choix des mots, qui peut - en s'appliquant au coton ou à l'état psychologique d'un personnage - être équivoque (Paris, pôle 5, 2
ème ch., 8 mars 2024, n° 22-03274 :
JurisData n° 2024-004963 ;
Comm. com. électr. 2025, chr. 6, § 1, obs. E. Emile-Zola-Place).
Pour prendre un autre exemple, s’agissant des photographies, l'originalité se décèle dans le choix de la pose du sujet, l'angle de prise de vue, l'éclairage (Paris, 14 mai 1987,
Jonvelle : CDA 1988, n° 1, p. 20), l'objectif, la pellicule, le temps d'exposition (Paris, 17 juin 1988 :
D. 1989, som. p. 44, obs. Colombet ), la mise en valeur des objets, l'environnement mobilier ou la tonalité des fonds (Versailles, 28 avril 1988 :
D. 1988, IR p. 165), l'instant convenable de la prise de vue, la qualité des contrastes de couleurs, le choix de l'objectif et de la pellicule ou celui du tirage le plus adapté (Paris, 11 juin 1990 :
D. 1990, IR, p. 192). En revanche, on peut nier l'originalité, par exemple pour les photographies représentant la Nouvelle-Calédonie : «
pas de choix créatifs ou de parti pris esthétique », «
pas de choix originaux de perspective ou de prise de vue pour livrer une représentation autre que la simple reproduction du site photographié », «
simple réunion, en un même lieu, de la mer, des rochers, du sable et de la forêt de palmiers » (Paris, pôle 5, ch. 1, 2 novembre 2022, n° 20/10036 :
Légipresse 2023, p. 17). Si, par exemple, le photographe intervenant sur un spectacle de danse, n'a eu la maîtrise ni de la mise en scène, ni des décors, ni des costumes, ni de la lumière, il n'y a pas originalité (Trib. jud. Paris, 3
ème ch., 1
ère sect., 11 mai 2023, n° 21-06001 : Légipresse 2023, p. 329) ; toutefois, toute photo prise au cours d'un spectacle n'est pas forcément dépourvue d'originalité, comme cela a été reconnu pour des photos de concert, au vu du choix des moments photographiés, de l'angle des prises de vue ou du cadrage : le chanteur lui-même, Brice Kapel lui-même ne pouvait donc pas utiliser ces photos sur les pochettes de ses albums sans autorisation (Paris, pôle 5, ch. 1, 25 janvier 2023, n° 21/05914 :
Légipresse 2023 p. 146). Une photo prise par selfie n'a pas non plus été considérée comme originale du fait de l'absence de choix relatifs à la mise en scène, aux contrastes et effets de lumière, aux positionnements ou aux retouches (Paris, pôle 5, 2
ème ch., 12 mai 2023, n° 21/16270 :
Légipresse 2023, p. 269).
La CJUE, raisonnant sur le fondement de l'art. 6 de la directive 93/98/CEE, considérait que l'originalité en matière de photographies devait s'apprécier au vu de la phase de préparation du cliché, de la prise de vue elle-même et des caractéristiques du tirage (CJUE, 3
ème ch., 1
er décembre 2011, Eva-Maria Painer c/ Standard VerlagsGmbH & a, aff. n°
C-145/10).
Il s'agit toutefois d'être circonstancié quant à l'originalité : «
Le travail sur le cadrage, sur l'éclairage, la prise de vue et le travail de retouche auxquels le photographie dit s'être livré ensuite, après les prises de vue, suivant de longues heures, ne font que manifester son habilité et son savoir-faire technique mais ne démontrent pas le choix d'un parti pris esthétique ou ne manifestent pas un travail créatif original, la seule recherche d'un rendu le plus réaliste possible de l'objet, laissant imaginer que celui qui regarde l'emballage peut selon les termes du photographe, empoigner la bouteille directement » (Versailles, 1
ère ch., 1
ère sect., 30 mars 2021, nº 19/00672, M.M. c./ Sté. Hennessy :
RLDI 2021, n° 181). Le logo d'une université n'a pas été reconnu comme original : l'établissememnt s'était contenté d'évoquer le choix des couleures et de la forme, sans expliciter les choix artistiques et le processus de création (TJ Paris, 3
ème ch., 1
ère sect., 9 janvier 2025, n° 24/10696).
Pour prendre des derniers exemples très différents, en matière de décoration, l'originalité du travail d'un étalagiste a été décelée dans l'imagination créatrice d'un travail harmonieux (Lyon, 1
er décembre 1976 :
Gaz. Pal. 1877, 2, som. p. 275), alors que l’aménagement des magasins d’Alain Afflelou a paru se réduire «
à des principes généraux » exclusifs de toute originalité (Cass. civ. 1
ère, 17 juin 2003,
Bounaix c/ Afflelou : Petites Affiches 2004, n° 163, p. 7, obs. X. Daverat ;
Prop. ind. 2003, comm. n° 92, obs. P. Kamina). La Cour d’appel de Paris a également retenu l’originalité de la décoration florale du Pont-Neuf, du fait de la combinaison des 32 000 pots de fleurs et des 4 kilomètres de lierre utilisés, ainsi que dans la variété des couleurs et de formes qui en résultaient (Cass. civ. 1
ère, 6 février 2001,
UBP c/ Société Kenzo : Petites Affiches 2002, n° 57, obs. X. Daverat). En revanche, pour l'ameublement d'une bibliothèque, une cour d'appel considère que le modèle présenté révèle un caractère «
évaporé et flou », excluant l'originalité (Aix-en-Provence, 27 nov. 2025, nº 21/02875,
RLDI 2026, n° 232, note C. Monnet & L. Helloco).
D'un point de vue procédural, les juges du fond ne peuvent relever d'office l'absence d'originalité sans inviter les parties à présenter leurs observations (Cass. com., 5 octobre 2022, n°
21-11.541 :
Dalloz IP/IT 2023, p. 238, obs. P. Mouron) ; cela relève du respect du contradictoire.
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